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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

À QUOI SERVENT LES CRITIQUES?

2008-09-18

À QUOI SERVENT LES CRITIQUES?

    Après l'utilité des festivals, voici qu'une autre taraudante question s'est mise à nous titiller l'intérieur. À quoi servent les critiques? Posée par le British Film Institute, jamais en mal de grandes interrogations existentielles, à l'occasion d'une table ronde sur l'état de la critique cinéma (en présence de l'équipe de Sightt&Sound, de Mark Cousins, de Mark Fisher et de Jean-Michel Frodon, le 6 octobre prochain...à Londres), elle a en effet tout pour nous plaire.

    D'abord, parce qu'il faut bien se l'avouer, même si cela fait un peu mal, de plus en plus nombreux sont ceux qui doutent sérieusement de son utilité. Il suffit de regarder le nombre grandissant de critiques poliment mais fermement virés de leurs nids médiatiques pour cause de rentabilité trop faible. Ensuite parce que malgré tout, elle reste au cœur même de ce que nous estimons être un rapport sain et durable au cinéma. Vous en doutez? 24iMAG qui ne fait jamais les choses à moitié a donc décidé de dénicher 10 bonnes raisons de continuer à croire que la critique (la vraie, la belle, la pure) sert bel et bien à quelque chose.

1) La critique est une profession remplie d'empêcheurs de s'amuser en rond, de vilains êtres aux mots crochus, de malveillants frustrés. Certes, certes. Mais ce sont eux aussi qui se battent bec et ongles pour que le cinéma soit vraiment pris au sérieux, pour qu'il soit considéré comme un art digne de ce nom, pour qu'il soit estimé à juste valeur. Et comme on le sait, la fin justifie les moyens.

2) La critique persiste à vouloir dépolluer le paysage cinématographique. Enfin, la critique sérieuse. Celle qui refuse de se voir assimiler à un autre relais de promotion, celle qui continue à s'exclamer haut et fort quelques vérités bien senties, celle, de plus en plus rare, qui refuse l'hypocrisie et la complaisance. Et pourquoi en aurait-on besoin? La réponse tient dans un songe : imaginez un monde sans critique, où seule la publicité nous parlerait des films…

3) La critique est un fort, une enclave où peuvent se réfugier les films qui, justement, n'ont pas les moyens de se payer la campagne de pub qui fera parler d'eux. La critique, Robin des bois du cinéma? On peut toujours rêver...

4) La critique aide par ses perspectives, ses analyses, ses recoupements à construire une histoire du cinéma, à inventer des concepts. Qui sait, sans la critique, cette belle idée de politique des auteurs, dont personne ne s'est encore tout à fait remis, ne serait peut-être pas née…

5) La critique, en volant dans les plumes, en restant honnête, en refusant la mollesse, aide justement à maintenir un esprit critique plus général. À se poser des questions, à refuser les idées reçues, à toujours vouloir en savoir plus. Dans un climat culturel de plus en plus conformiste, c'est une nécessité à préserver.

6) La critique sert à partager des enthousiasmes, des colères, des passions. La critique doit refuser le cynisme pour rester sincère. Et en ces temps de paresse émotive généralisée, les emportements critiques sont une bouffée d'air frais.

7) La critique sert à divertir. Mais oui. Qui n'a jamais écouté une émission du Masque et la plume où Michel Ciment de Positif et Alain Riou du Nouvel Obs se volent dans les plumes à propos d'Antonioni ou n'a jamais lu une ligne des écrits à la précision de scalpel de Serge Daney ne s'est jamais vraiment amusé.

8) La critique sert également à entretenir le dialogue avec les cinéastes. Selon Michel Boujut, critique à Charlie Hebdo qui compila ses plus belles pensées sur le sujet dans le joli La promenade du critique, c'est même sa seule raison d'être : « nous écrivons nos critiques d'abord pour les cinéastes. Les lecteurs n'ont pas à se sentir exclus pour autant. C'est eux qu'on prend à témoin, on se sent plus libres en présence d'une tierce personne pour exprimer ses sentiments ». C'est ce dialogue avec les cinéastes qui permet d'ailleurs au critique de ne pas trop s'affoler lorsque ses choix et les résultats du box office lui semblent aussi incompatibles que le caviar et le soleil.

9) La critique sert à transmettre une opinion, une idée du cinéma mais surtout une expertise. Car, contrairement à ce que semble penser tous ceux pour qui la notion de chroniqueur culturel peut faire sens, tout le monde ne peut pas s'improviser critique. Au même titre qu'on ne demande pas un avis renseigné sur la météo à la boulangère, pourquoi diable voudrait-on se passer de l'avis éclairé sur le cinéma de ceux dont c'est le métier ?

10) Enfin, la critique permet à Guy A. Lepage de pouvoir encore et toujours poser sa question chouchou : « et que pensez-vous des critiques » à sa meute d'artistes invités tout prêt à se plaindre et à gémir de la méchanceté de ces plumes féroces. En d'autres termes, la critique sert à endosser le rôle du méchant. Or, une bonne histoire n'est jamais tout à fait réussie sans un bon méchant.

***
À surveiller dans nos pages Réflexions, à compter du 22 septembre, le blogue de Rafaël Ouellet. Le cinéaste nous fera vivre en direct le festival de San Sebastian où il présentera son film Derrière moi. Ne ratez pas ça.

Bon cinéma!

Helen Faradji

 






 

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