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À FORCE DE RÊVES - Critique de Pierre Barrette

2007-01-26

À force de rêves  de Serge Giguère

    Serge Giguère nous a habitués au fil d'une œuvre riche et sensible à des portraits tout en nuances de personnages plus grands que nature (on pense à Oscar Thiffault, Le roi du drum, Le reel du mégaphone), des Monsieur-Tout-le-monde que son regard attachant et lucide  nous fait découvrir sous leur vrai jour, des géants tranquilles habités par la passion, le dévouement et l'amour de la vie. Dans À force de rêves, son dernier long métrage qui ouvrait cet automne Les Rencontres internationales du documentaire de Montréal, c'est plutôt une mosaïque de portraits qu'il compose, un entrelacs de personnages unis à la fois par leur âge – ils ont entre 72 et 91 ans – et leur caractère passionnés. Par touches successives, Giguère peint un tableau sobre et lumineux de la vieillesse et de la mort qui se profile à l'horizon, sans drame ni larmes, un tableau qui n'est jamais sombre grâce à la vie qui le traverse encore par fulgurance. Qu'ils peignent, fassent voler des avions miniatures, enseignent la musique et en jouent, s'intéressent aux meubles anciens ou travaillent la terre, ultimement les personnages rassemblés ici révèlent de façon exemplaire combien la puissance des rêves permet de vieillir heureux et sereins, malgré la maladie, malgré les petits et grands malheurs qui ponctuent l'existence. L'ensemble est chorégraphié de main de maître par  Giguère, qui fait la preuve encore une fois que la vidéo peut être un support privilégié pour faire passer l'émotion quand elle est aussi magistralement utilisée; personne en effet ne sait aussi bien que lui retenir la lumière d'un paysage, saisir le mouvement fugace des nuages, exprimer l'étrange beauté d'un arbre, ponctuer d'images fixes – qui sont comme autant d'arrêts dans le temps - la trame mouvante de ces vies qui s'achèvent. C'est l'art du documentaire dans sa plus haute expression, le plus digne héritage auquel pouvaient rêver les pères du cinéma direct.

Pierre Barrette

Retrouvez ce texte dans le prochain numéro de 24 images, en kiosques le 16 février!



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