Format maximum

Films de la semaine

LE DÉSERTEUR - Critique d'Helen Faradji

2008-10-23

MONSIEUR LE PRÉSIDENT, JE NE VEUX PAS LA FAIRE…

    Corps étrangers, Quelques éclats d’aube, Une chapelle blanche et À l’ombre…il avait suffit de ces courts à Simon Lavoie pour poser les jalons d’une grande œuvre en devenir et attiser la curiosité des cinéphiles. Comment allait-il passer l’épreuve du long? Comment allait se passer son arrivée dans le grand bain? Un gracieux plongeon ou un pouf pataud?

    S’inspirant du destin tragique de George Guénette, un jeune conscrit abattu après avoir déserté l’armée durant la Seconde Guerre mondiale, Le déserteur n’est ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre. À le considérer comme un pur exercice formel, on pourrait ainsi être tenté de crier au génie. Magnifique photographie, signée Michel La Veaux, profondeurs de champs poétiques et contemplatives, mise en valeur du silence et des gestes, mouvements de caméra fluides et souples : l’arsenal déjà expérimenté dans ses courts est là, rigoureux et pur, sobre et inventif. C’est l’anti-Séraphin, l’anti-Survenant. En soi, ce devrait être une bonne nouvelle. Sauf qu’à le considérer comme le récit d’un événement fondateur et méconnu de l’histoire du pays, Le déserteur rate sa cible.

    Peut-être faut-il y voir une compromission de la vision d’auteur de son réalisateur qui sacrifie plusieurs de ses élans sur l’autel d’un cinéma populiste et facilement comestible (voir ces illustrations musicales à la finesse de bulldozer ou ce dernier plan, particulièrement scolaire). Ou encore un exemple maladroit de cet apparent credo de toute une nouvelle génération de cinéastes: le refus de la narrativité (parler aux sens plutôt que créer du sens). Toujours est-il que Le déserteur passe royalement à côté de son sujet. Mêlant confusément histoire d’amour (gnangnan), corruption politique, drame familial et résistance d’une certaine jeunesse, le film semble empêtré dans son scénario. Surlignant l’évident et passant sous silence l’essentiel, il finit même par faire passer ses jolis effets de style comme d’agaçants tics de mise en scène, au systématisme lourd, au manque de naturel flagrant. Presque autiste dans son épure, Le Déserteur oublie de respirer. Et c’est tout l’enjeu idéologique de cette désertion, pourtant le véritable sujet du film, qui finit par passer à la trappe. Comme si on dépeçait l’inoubliable Le déserteur de Boris Vian de ses précieuses paroles…

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.