Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

AU ROYAUME DE LA FESSE LIBRE

2008-11-06

AU ROYAUME DE LA FESSE LIBRE

    L’entendez-vous, cet énorme ouf de soulagement que vient de pousser la planète? L’entendez-vous, cet espoir bruisser partout à travers le monde? L’entendez-vous, cette clameur générale qui n’attend pas pour proclamer des lendemains qui chantent? Oh oui, on entend aussi les grincheux venir nous rappeler qu’il faut laisser du temps au temps, que l’on ne juge pas autrement que sur pièces, que sans résultat, pas de chèque en bois. Mais en ces temps de liesse globale, pourquoi ne pas proclamer le droit, peut-être temporaire, mais incompressible, à l’idéalisme?

    Dans ce climat de bonheur global, de liberté renouvelée, on se sent alors tout chose. L’âme aime à marivauder. Vers les marges, vers les zones plus cachées, vers la gaudriole. Sur des chemins de traverse que l’habitude nous fait oublier de fréquenter. Or, vient justement d’éclore un nouveau magazine français tout propre à nous titiller les sens. Et, d’abord parce qu’il en faut, du courage pour parier sur la survie d’une édition papier dans ces temps économiquement sinistrés, ensuite parce qu’on a beau dire ce qu’on voudra, parler sérieusement de choses qui ne le sont pas, sans devenir pompeux, ça ne court pas les rues, nous avions envie de saluer la toute nouvelle existence de Cinérotica.

    Cinérotica qui, comme son nom l’indique, vous l’aviez deviné, sagaces lecteurs, ne traite entièrement et exclusivement que de cinéma érotique et pornographique. Mais pas n’importe comment. Conçu par l’historien et critique de cinéma Christophe Bier, le journal accueille ainsi en ses pages coquines les belles plumes de Jean-François Rauger (accessoirement conservateur à la cinémathèque française et critique au Monde), de Jean-Pierre Bouyxou (réalisateur et journaliste notamment pour Métal Hurlant, Hara kiri ou Actuel) ou du producteur François Cognard. Un mélange de pure cinéphilie, de vrai fétichisme fouillé et de bon vieux mauvais esprit qui devrait donc parfaitement convenir à ce cinéma mal-aimé ou trop aimé, selon les cas, et qui nous permettra sans doute de devenir incollable sur ce plan censuré d’Arletty nue sous la douche dans Le jour se lève de Marcel Carné (1939) ou sur cette adaptation de Ce cochon de Morin de Maupassant par Georges Lacombe en 1932.

    Mais aujourd’hui, on le sait, plus rien ne marche sans ce petit truc en plus. Cette plume dans les fesses qui permet de se distinguer. Et c’est justement là que Cinérotica, tiré à 40 000 exemplaires chaque mois, se distingue. D’abord par sa formule résolument historique. Ainsi, son premier numéro (sorti en octobre) se frottait entièrement aux années 20 et 30 et aux débuts de ce cinéma qui vit ainsi apparaître le « film galant » sous l’œil salace du photographe Eugène Pirou en 1896 ou les divisions grivoises dans les grands studios Pathé et Gaumont. Pour compléter le regard sous les jupes des dames, la revue se poursuivra pendant deux ans en abordant tout aussi joyeusement la libération des années 70, les films de strip-tease, le porno comique (!) ou encore le sadomasochisme. Et pour que tout cela reste d’un divertissement inégalable, le magazine a trouvé la formule gagnante : diviser ses pages entre une encyclopédie thématique et un dictionnaire de films érotiques et porno français (16 et 35 mm), à collectionner pour finir un jour tout fiérot de pouvoir exposer une vraie encyclopédie du porno en 24 volumes dans sa bibliothèque. Soyez déjà avisés : elle débutera par À bout de sexe (Serge Korber, 1975) pour se finir tout aussi poétiquement par l’entrée Zob, zob, zob (Jean Lefait, 1977).

    Et comme dans une vente à la criée, ce n’est pas tout, harangue encore le magazine. Deuxième plus produit : le site web de Cinérotica (www.cinerotica.fr), une véritable mine d’or pour amateurs. Car, en plus d’y retrouver une version téléchargeable du magazine (seules les premières pages sont totalement libre d’accès), on y déniche surtout près de 60 minutes de vidéo à la demande (plus pour les abonnés qui trouveront un code secret dans leur magazine, prompt à débloquer d’autres images, comme c’est excitant) tirées des archives les plus secrètes, les moins avouables. Pornos clandestins, vidéos extirpées de leurs collections privées, films tirés de dessous le manteau, tout y est. D’autant que le site évolutif annonce pour très bientôt l’apparition d’une section forum, que l’on imagine dors et déjà croquignolette ainsi que d’une boutique d’objets rares.

    À visiter sans une once de mauvaise conscience. On le répète, les temps sont bien trop joyeux pour cela.

Bon cinéma

Helen Faradji

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