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Plateau-télé

CACHE-CACHE

2008-11-20

CACHE-CACHE
 
    "Vivons heureux, vivons cachés", laisse parfois tomber Sollers pour donner un rien de mystère à sa vie par trop médiatique; le slogan a pourtant du bon, je le refile ici aux cinéphiles tentés de rompre avec la salle de cinéma, ses odeurs, ses craquements, ses saletés soufflées si dispendieuses et l’épouvantable promiscuité qui n’est qu’apparemment plus civile que celle du métro, des corridors ou des corons. Je voudrais pas crever… avant la fin du film, se disait Boris Vian dans la salle en sous-sol du Petit Marbeuf, un avant-midi d’il y aura cinquante ans bientôt…
 
    Sait-on ce qu’est devenu ce réalisateur, Michel Gast, qui, en 1959, signait l’adaptation de J’irai cracher sur vos tombes et provoqua fortuitement la mort matinale de deux plumes pour le prix d’une, Vernon Sullivan et notre Boris de L’écume des jours… ? Le film de ce type, Gast, était raté, une chasse à l’homme de 1h 47, Christian Marquand, Antonella Lualdi, et à leurs trousses, comme la mort, la tronche de Fernand Ledoux, ah… Ledoux, la belle époque des seconds rôles proéminents… Mais de quoi je vous cause, là, ce film ne passe pas à la télé cette semaine ! Pourtant il pourrait y être ! Les tronches d’antan, il n’y a qu’à la télé qu’elles se pointent. On a tant de surprises en restant chez soi, cinéphile avec téléviseur, mon semblable, mon frère.
 
    Ainsi l’autre soir, seul au salon devant TFO, en regardant attentivement défiler le générique de La Religieuse de Rivette qui n’est pas un film raté (Diderot aurait pu le regarder avec plaisir jusqu’à la fin, sans éteindre sa Toshiba, sans crever), paf, que vois-je ? L’un des caméramans était Claude Zidi ! En 1967, artistiquement s’entend, tout était possible pour Zidi, il avait 33 ans, Rivette 39. Mais non, sur la route de Zidi allaient bientôt, foin de Rivette, arriver et défiler les bidasses, troufions se transformant en millions sur lesquels il ne crachera pas, le Zidi, vivant heureux, vivant sans découvert... Est-ce lui qui tenait la caméra lors de la scène du café froid que boit Anna Karina, quand Suzanne Simonin est convoquée par la supérieure de Saint-Eutrope en chaleur ? Cette scène me hante, on a vraiment l’impression (inexplicable, génie de Rivette) que le café est glacial et qu’au XVIIIe siècle il pouvait arriver qu’on le boive ainsi, sans cracher ni grimacer…
 
    Mais ce film, ce café bu froid dans le couvent de la rue du Bac, il ne passe pas à la télé ces jours-ci, on y reviendra quand il y repassera. On démêlera les navets des citrons, les vraies perles des fausses. On sera plus Rivette que Zidi ! Plus Vian que Sullivan ! Plus Diderot ! Vivons heureux, vivons cocooning !              
 
    Ce samedi 22 novembre à 22h30, et ce dimanche 23 novembre à 21h, deux films dans la case de l’oncle Télé Québec, deux jeux de cache-cache, deux cibles : l’une inatteignable (Haneke), l’autre introuvable (Lepage). Je défie quiconque d’expliquer ce que cache Caché de Michael Haneke, cru 2005, la Binoche, l’Auteuil (un acteur que je n’aime pas en raison de son incapacité à disparaître). Fouillez-vous l’encéphale pour comprendre ! Bel exercice. Beau travail. Scénaristiquement parlant, c’est le charme discret de la roublardise… On en ressort (l’importance donc d’être chez soi !) dérouté, perdu…

    Avec Robert Lepage, cinéaste aléatoire et pourtant star du théâtre d’images, on comprend tellement tout dans sa Face cachée de la lune qu’on en retient rien. Le fils d’une maman morte, allumé par les fusées, s’en va chez les Russes pour causer avec un astronaute à la retraite, et il revient dépité faire sa lessive et se faire masser par l’amant de son frère…, un monsieur météo. Pas de mystère là-dedans, que de la manière, gauche, et du maniérisme, appuyé. On peut regarder ça en se faisant soi-même une brassée, on en ressort propre, propre, propre. Du cinéma introuvable.
 
 Robert Lévesque

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