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UN CONTE DE NOËL - Critique d'Helen Faradji

2008-11-20

UNE FAMILLE EN OR

    Il aurait pu s’appeler Chroniques de l’honnêteté ordinaire. Ou encore Petits arrangements en famille. Mais Un conte de Noël, nouvel opus d’Arnaud Desplechin, porte bien son titre. Car derrière les perfidies, les remarques assassines, la noirceur des âmes et la maladie, tout y respire le conte. La fable même parfois.

    Tout commence, il y a de nombreuses années par le décès du petit Joseph, 7 ans. Entourés de leurs enfants Elizabeth, Henri et Ivan, Junon et Abel se remettent tant bien que mal. De tout ça, nous ne saurons que ce qu’un petit théâtre de marionnettes en ombres chinoises veut bien nous en dire. Comme un pêché originel qui viendrait ouvrir théâtralement le « vrai » récit, cette fois axé autour de la leucémie de Junon, des années plus tard. Elle doit trouver un donneur de moelle. Alors que Noël approche, la famille est réunie dans la grande maison de Roubaix. Elizabeth l’auteure de théâtre inconsolable et son fils schizophrène Paul, Ivan le doux, sa femme et leurs deux enfants et Henri, le fils maudit, le vilain petit canard alcoolique et sa nouvelle promise Faunia.

    C’est entre tout ce beau monde et avec une ruse irrésistible de deus ex-machina sans complexe qu’Arnaud Desplechin s’amuse alors à tisser la toile d’un grand règlement de comptes ébouriffant. Ébouriffant, car ce n’est ni tout à fait en tragédien, ni tout à fait en auteur comique qu’il s’y attelle. Mots durs et crus, dialogues d’une précision glaçante (« je ne t’ai jamais aimé » dit le fils à sa mère, « moi non plus », répond-t-elle dans un rire de gorge, « tu es un échec monumental », assène la belle-fille au cousin de son mari) sur mise en scène légère et enlevée : l’ensemble est composé avec la grâce d’un virtuose, capable d’appuyer sur une note pour mieux la faire ressortir sans pourtant jamais s’y attarder.

    Mieux, c’est en miroir de son récit, avec une cohérence rare, que Desplechin parvient à façonner l’écheveau de son Conte de Noël. Ses personnages sont d’une franchise troublante, au mépris de la cohésion de la cellule, au risque de devenir antipathiques? Lui aussi, metteur en scène, épousera cette façon de faire. Rien dans sa mise en scène ne ment : le désir de fiction est assumé avec une sincérité telle qu’il emporte tout. Même ces adresses directes au spectateur par les personnages. Même ces ouvertures et fermetures de séquences à l’iris, semblant venues d’un autre temps. Même ces titres de chapitres entrelardant le récit et convoquant une irrésistible théâtralité des sentiments. Avec une élégance rare, Desplechin nous fait pénétrer au cœur d’une bande de comédiens (Deneuve, Amalric, Devos, Roussillon, Consigny, Poupaud, Mastroianni...) qui n’ont plus qu’à se mettre au service de son ingéniosité. C’est donc sans aucun doute qu’on peut désormais se dire, dans la famille Desplechin, je les pioche tous.

Helen Faradji

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