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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

ET LA CULTURE, BORDEL?

2008-11-27

ET LA CULTURE, BORDEL?

    Alors qu’entre nous, on peut bien se le dire, on aurait franchement d’autres chats à fouetter le 8 décembre prochain, il nous faudra pourtant chausser nos jolies bottes citoyennes pour aller mettre la main à l’urne. Et pour s’aider à savoir quel petit papier piocher au moment décisif, quoi de mieux qu’un petit détour par les plates-formes électorales des différents partis, disponibles sur leur site web.

    Car, avouons-le, si cette campagne nous aura bel et bien appris que Mario Dumont chaussait la perruque blonde comme personne, que Pauline Marois écoutait du Jacques Brel en faisant du jogging (!) ou que Jean Charest disait oui à l’économie (s’il avait dit non, on aurait rigolé), que savons-nous exactement de leurs programmes? Ou plus exactement, demanderions-nous dans cet élan monomaniaque qui nous caractérise, que connaissons-nous de leurs programmes culturels? Honnêtement? Que pouic.

   Après examen des différentes propositions, deux conclusions s’imposent rapidement : d’abord, il n’est dans aucune d’elles question des nouveaux médias (voir à ce sujet la lettre ouverte du regroupement des producteurs multimédia) – parlez nous de vision et d’avenir – et ensuite, il faut visiblement porter un peu plus à gauche pour s’intéresser à la culture. Car lorsque le Parti Libéral du Québec n’affiche sur son site que deux mesures à méditer (éliminer la TVQ sur l’ensemble des produits culturels et hausser de 10 millions le soutien à la production et à la relève télévisuelle et cinématographique, en donnant notamment 33 millions par an à la SODEC pour lui permettre de financer 6 films de plus), l’ADQ, elle, cherche encore des idées. Rien, pas un mot pour la culture, chez les amis du boxeur loser, sauf pour réclamer l’exclusivité des compétences quant à la langue, la culture et l’éducation. Pour faire rêver, on repassera.

    Plus à gauche du spectre, on s’amuse déjà un peu plus. Ainsi, le parti vert propose d’augmenter le budget de la culture d’un milliard (!) en imposant une taxe de 20% sur la publicité nationale, de créer des coopératives d’habitation et d’atelier pour les artistes, d’utiliser internet pour permettre des visites virtuelles des musées, de réparer l’état de détérioration des sites historiques nationaux, d’accroître la production télévisuelle et cinématographique et d’augmenter les budgets du Conseil des arts du Québec à 180 millions, de la SODEC à 150 millions (et d’ainsi créer deux nouveaux fonds, pour la production régionale et pour la production dite de genre – science-fiction, animation, documentaire…) et de Télé-Québec de 100 millions. Et si on est gentils, ils nous donneront peut-être même un chocolat.

    Moins précis sur les questions budgétaires mais plus éloquent sur les questions pratiques, Québec Solidaire évoque pour sa part l’augmentation du budget pour le soutien, la création, la production et la diffusion artistique, la création d’un filet de sécurité sociale pour les artistes, la gratuité des musées tous les dimanches ainsi que la participation annuelle de tous les élèves, étudiants et immigrants en formation à 4 manifestations artistiques produites au Québec (art visuel, danse, musique et théâtre. Et le cinéma, ça compte pour des prunes, Mme David?)

    Dernier concurrent en lice, le Parti Québécois qui, dans son fameux plan Marois, n’hésite pas, il faut bien le dire, à mettre les bouchées double en terme de culture. Faut-il y voir de jolis vœux pieux? De belles promesses en l’air? De douces musiques à nos oreilles? Impossible à savoir tant que… Toujours est-il que l’accumulation de mesures professées à de quoi enthousiasmer : marier la culture et l’éducation (renforcer les liens entre les ministères de l’éducation et de la culture, favoriser l’apprentissage de la culture dans les institutions scolaires, augmenter la participation à des activités culturelles extérieures au primaire et au secondaire, intégrer les artistes dans les écoles, accroître la capacité de production en région et les liens avec le réseau de l’éducation de Télé-Québec); soutenir les artistes et institutions culturelles, surtout en région (augmenter graduellement les budget du CALQ et de la SODEC, favoriser la circulation des œuvres et artistes, augmenter le soutien public aux créateurs, artistes, producteurs et diffuseurs, favoriser l’occupation culturelle du territoire en dotant toutes les municipalités d’une politique culturelle, améliorer les conditions socio-économiques des artistes) : protéger le patrimoine culturel (passer une loi pour la sauvegarde du patrimoine culturel québécois, élargir la politique à l’architecture et aux constructions financées par le public); accentuer le rayonnement culturel et la présence des artistes à l’étranger (soutenir les tournées internationales, adopter une convention sur la protection et la promotion de la diversité linguistique, appliquer la convention sur la protection et promotion de la diversité des expressions culturelles) et last but not least rapatrier d’Ottawa les compétences, budgets et fonctionnaires associés à la culture et aux communications, ce qui dans un contexte où le fédéral a déjà prouvé par A+B ce qu’il pensait de la culture est une proposition qui mérite au moins, avouez-le, d’être étudiée sérieusement.

   Si la présence d’un ancien président de l’Union des Artistes dans ses rangs a fort probablement aidé au développement d’un tel programme, et si ledit programme ne se limite évidemment pas à sa seule dimension culturelle, force est de reconnaître que le PQ semble être un des rares aspirateurs à votes à avoir véritablement réfléchi à la question. Ce qui est à la fois une bonne et très déprimante nouvelle qu’il faudra, ou non, garder en tête dans les prochaines semaines.

Bon cinéma

Helen Faradji

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