Format maximum

Plateau-télé

TOUS EN SCÈNE! - par Robert Lévesque

2008-12-11

TOUS EN SCÈNE
 
    On a beau dire, même si à chaque fois ce charme de toc rejoue tout de même, la nuit de Noël, la guerre derrière eux, Bing Crosby et Danny Kaye qui montent un spectacle pour divertir leurs camarades en uniformes, la neige qui va tomber pour sauver l’hôtel de la faillite, la musique d’Irving Berlin…, ce White Christmas de nos enfances canadiennes-françaises, ce film programmé à vie nous les casse ! On en a marre, même si, parce que, à tout coup on l’écoute, on le regarde. M’enfin, ce Noël blanc de mes deux, cette année j’y échapperai ! Je ne le cherche pas dans les horaires pour vous, vous tomberez dessus sans vous en rendre compte ! Merdre de merdre ! Ubu-Bing, ce ne sera jamais fini ce « I’m Dreamin of a White Christmas »… ?
 
    Vous savez que si les hôtels Holiday Inn s’appellent ainsi, c’est grâce à ce Bing Crosby ? Quand un entrepreneur de Memphis du nom de Kemmons Wilson, au début des années cinquante, alla avec sa femme et ses cinq enfants visiter les monuments de Washington, il ne trouva pas chaussure à son pied question hôtels, trop chers ou trop tristes. Sur la route entre Memphis et Nashville, avec un emprunt de $325,000, il en fit construire un de 120 chambres, avec resto, cadeaux, piscine, télé gratos dans chaque chambre (c’était le nec plus ultra). Dans cette télé d’alors le crooner de Tacoma présentait son show sous le titre de « Holiday Inn ». That’s It, folks!.
 
    Soyons absolument nord-américains: ayons une pensée émue pour Cyd Charisse, morte le 17 juin dernier à 87 ans ; j’aurais bien aimé qu’à l’instar de la chanson de Kim Carnes, Bette Davis Eyes, quelqu’un d’aussi doué ait pu écrire un  Cyd Charisse Legs. Œil pour œil, jambe pour jambe. L’œil de Bette, la jambe de Cyd ont donné au cinéma américain de solides repères, de la force de caractère, de l’élégance dans l’expression physique. Nos stars d’aujourd’hui ont-elles ces regards féroces, ces harmonies apprivoisées ? Cyd Charisse, une fille d’Amarillo au Texas qui passa par les Ballets russes dans les années trente avant de venir à Hollywood croiser la route de Fred Astaire… J’aimais Cyd Charisse avant même d’avoir une orientation sexuelle…
 
    Pour la célébrer dans l’intimité de nos foyers, je propose à ceux qui, comme moi, ont préféré Cyd Charisse à toutes les autres stars du dansant de regarder ce 11 décembre à 21 heures, sur ARTV, le chef-d’œuvre de Vincente Minnelli dans lequel elle exulte. The Bandwagon, MGM 1953, couleurs, traduit par « Tous en scène » ; non seulement le chef-d’œuvre du papa de la désagréable Liza Minnelli mais le chef-d’œuvre de la comédie musicale américaine au cinéma. Y’a pas de Noël là-dedans et c’est tant mieux ! Mais il y a du rêve, de la grâce (le pas de deux de Cyd et Fred dans un parc en carton-pâte, le pas de l’un, le pas de l’autre, la danse naît sous nos yeux éblouis, les corps s’amadouent, s’abandonnent…).
 
    Au scénario signé Betty Comden et Adolphe Green (qui se dupliquent dans le couple fictif des scénaristes Marton, joués par Oscar Levant et Nanette Fabray, question de justesse d’autoportrait), Fred Astaire joue un danseur déchu mais riche et Cyd Charisse une danseuse classique à qui on va demander d’être rien de moins que Faust et Marguerite dans un spectacle « nouveau genre », autrement dit un musical intellectuel... Ça ne va pas aller, évidemment. Mais l’Astaire décide de tout refaire. Pour produire son show, il vend ses tableaux (on voit un Modigliani, une Jeanne Hébuterne allongée) et monte comme il l’entend un swingant  The Bandwagon. Le succès est au rendez-vous et ce sera en plus, bonjour Marivaux, le triomphe de l’amour… entre Tony Hunter (Astaire) et Gabrielle Gerard (Charisse). Moi, l’autre soir, dans une chambre d’hôtel de Québec, je me suis endormi devant la beauté et la grâce de Cyd Charisse, endormi de bonheur et, faut-il le dire, d’un somnifère… Et les jambes de Cyd Charisse m’ont mené au paradis…
 
Robert Lévesque
 

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.