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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

L'INCOMPRÉHENSION

2008-12-11

L’INCOMPRÉHENSION

    C’est un article d’Annabelle Nicoud, paru dans la Presse le week end dernier , qui faisait le constat : en plus des différents et graves problèmes ayant secoué l’industrie au pays (faillite de Christal Films et de plusieurs compagnies d’effets spéciaux, baisse du nombre de tournages étrangers à Montréal…), seuls 3 films québécois ont cette année réussi à franchir la barre symbolique du million de recettes (après la lecture de cet article, Babine a aussi réussi à se faufiler parmi les cartons de l’année). Et quels films! Cruising Bar 2, Dans une galaxie près de chez vous 2 et Borderline. Cherchez l’erreur.

    Dans un monde idéal, on ne parlerait pas de ça. On ne confondrait pas réussir et faire des sous. On ne jugerait pas les films à l’aune de critères aussi vulgaires, pas plus qu’on ne leur attribuerait d’étoiles, d’ailleurs. Mais ça, ce serait sur la planète cinéphile. Dans la vraie vie, ce sont bien les chiffres qui parlent, qui hurlent même, plus fort que tout le reste.

    C’est pourquoi ce bilan box-office de l’année paraît si déprimant. Car rarement aura-t-on vu une année cinéma aussi riche, aussi vibrante, aussi inventive. Rarement se sera-t-on autant amusé, épanoui, enchanté devant le cinéma québécois. Et la question qui se pose devient soudainement très angoissante : où était le public alors que passait en quelques semaines, parfois quelques jours, le tour du poignant Adagio pour un gars de bicycle de Pascale Ferland, de l’allumant À l'ouest de Pluton d’Henri Bernadet et Myriam Verreault, du truculent Un Capitalisme sentimental d’Olivier Asselin, du désarçonnant Elle veut le chaos de Denis Côté, du bouleversant Hommes à louer de Rodrigue Jean, du captivant La Mémoire des anges de Luc Bourdon, de l’hilarant Papa à la chasse aux lagopèdes de Robert Morin, du choquant Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture de Patricio Henriquez ou de l’inspirant Tout est parfait d’Yves-Christian Fournier? Ou était-il? Pas la peine de faire son malin et de répondre, en train de voter, ça ne nous consolera pas.

    Car cet état des lieux fait peur. D’abord parce qu’il risque de confirmer aux yeux de ceux qui font et défont notre cinéma que ce cinéma-là, “non rentable”, ne sert à rien. Qu’il n’a pas sa place, alors qu’il est dors et déjà soutenu à bout de bras par ceux qui y croient encore (ils se comptent sur les doigts d’une main). Mais ensuite parce que cet esprit de rendement à tout prix risque aussi de contaminer ceux-là mêmes qui ne devraient pas avoir à s’en soucier: les cinéastes.

    Et s’il est un bien un voeu que nous voudrions formuler en ce dernier numéro de l’année de 24iMAG, ce sera celui-ci: de grâce, mesdames et messieurs les cinéastes, ne croyez pas ces résultats box-office alarmants, ne faites pas de films par cynisme, ne sacrifiez pas vos idées de cinéma sur l’autel de la rentabilité. Croyez encore dur comme fer à l’importance de vos histoires, de vos images. Nous serons peut-être peu nombreux à les partager avec vous, mais nous serons-là.

    Et permettez-nous de vous offrir ces mots de François Truffaut pour conclure cette si belle année: “Il ne faut pas se dire: je vais essayer de m’introduire dans cette industrie redoutable en faisant un compromis entre ce que veut le producteur et ce que je veux, en feignant de lui fabriquer la comédie ou le film noir qu’il attend, tout en plaçant mes petites idées. Car avec un tel raisonnement, je suis perdu d’avance. Il faut se dire: je vais leur torcher un truc tellement sincère que ce sera criant de vérité et d’une force formidable; je vais leur prouver que la vérité est rentable et que ma vérité est la seule vérité (…) Il faut être follement ambitieux et follement sincère”.

Bon cinéma et bonne année.

De retour le 8 janvier

Helen Faradji

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Vos réactions (1)

  1. Ce sont tous là des films que j'aurais bien aimé voir. Cependant, leur durée de vie au grand écran est si courte que juste le temps de trouver un moment où je pourrais aller au cinéma et ils ne sont déjà plus à l'affiche... J'espère que certains seront bientôt disponible sur DVD. Voilà la réalité d'une cinéphile trop occupée...

    par Isa, le 2008-12-12 à 12h21.

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