Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

À VOS SOUHAITS

2009-01-08

À VOS SOUHAITS

    Repus ? Le ventre lesté ? Contrairement aux idées reçues, il n’y a rien de tel pour les idées légères. Et en début d’année, ce sont elles qui nous aident à espérer le meilleur, bien intentionnés que nous sommes.
Le meilleur, hein ? Mais ce serait quoi exactement ?

    D’abord, le meilleur, ce pourrait être s’inspirer de ce mot de Michel Boujut, ancien critique monstre de Charlie Hebdo, et dont le bouquin La promenade du critique paru chez Actes Sud me sert depuis quelques années de livre de chevet : « Ne pas écrire n’importe où, n’importe quoi et n’importe comment. Cela semble couler de source. Et pourtant… ». Plus une résolution qu’on voudrait faire entrer de force dans la gorge de certains qu’un espoir, certes, mais ça nous changerait un peu la vie…Un exemple ? Ce « La graine et le mulet, c’est tout simplement un Loft Story de bas étage », lu parmi les commentaires du blogue de Marc-André Lussier qui a du s’étouffer de rage en le lisant, comme nous. À se demander s’il ne faudrait pas inventer un permis pour aller au cinéma (ça nous éviterait aussi de se dire parfois qu'on donne vraiment de la confiture aux cochonns, comme lors de cette première, cette semaine, du magnifique film de Sam Mendes, Revolutionary Road, projeté devant une bande de ricaneurs parfaitement indignes d'un tel sommet). On inventerait des barèmes, un système de points très rigolos, des classements…Mais ces pensées ne sont pas bien charitables en ces temps chrétiens. Et sont surtout très loin de ce fameux meilleur qu’on se souhaite pour 2009. Car le meilleur, ce serait aussi cela : une éducation au cinéma pour tous, grand public et rigoureuse, populaire et inspirante. Le meilleur, ce serait des émissions consacrées au cinéma sur nos chaînes de télévision et de radio publiques, des émissions libres, indépendantes et ouvertes à tous qui viendraient d’un joli souffle inspirer le désir du cinéma dans chaque foyer. Et de tous les cinémas. Sans discrimination pour ce qu’on appelle bien trop vulgairement le « cinéma de festival ». Qu’un Batman côtoie un Bergman. Qu’un Eastwood côtoie un Tulpan. Que le plus comestible ne soit qu’une voie d’accès vers le plus supposément difficile. Qu’on aime le cinéma pour ce qu’il est et non pour ce qu’il devrait être.

    Le meilleur, en passant, ce serait aussi des soirées de récompenses et de prix qui ne seraient pas animées par Karine Vanasse ou Hugh Jackman (si, si, on vous jure), qui fêteraient le cinéma avec audace, personnalité et jugeotte. Ca nous changerait. Du côté du meilleur toujours, on retrouverait encore des cours d’initiation au cinéma dans les écoles et les universités, des films qui circuleraient, qui parleraient d’eux-mêmes. Le meilleur, ce pourrait ainsi être une chaîne de télévision consacrée au cinéma, où seraient diffusés films en VOST (ça, on ne transigera pas), documentaires, émissions de critiques, entretiens dignes de ce nom avec cinéastes, acteurs, scénaristes, directeur photo…Le meilleur, ce serait cette passion de la bobine allumée, entretenue, défendue avec bonheur et joie. Ce serait des débats, des engueulades, de la mauvaise foi, des emportements, de l’échange et du partage autour du cinéma. De la vie, quoi.

    Alors voilà ce souhait tout simple et pourtant si grand pour 2009 : qu’on le fasse vivre, notre cinéma. Qu’on entretienne le brasier, coûte que coûte, contre tous les oiseaux de mauvais augure, contre tous ceux qui raisonnent en chiffres plutôt qu’en laissant battre leur cœur, contre tous ceux qui trouvent les
« intellectuels » infréquentables, contre tous ceux pour qui la culture n’est qu’un budget en trop. Contre tous les croque-morts, les fonctionnaires de la pensée, les momies de la jouissance. Et alors peut-être, enfin, on arrêtera de juger la qualité d’une année cinéma à l’aune de ses résultats box-office. Alors, on ne lira plus de commentaires aussi rageants sur le plus beau film de l’année. Alors, on parlera vraiment de cinéma.

Sur ce, la plus belle des années à vous, chers lecteurs et artisans, nous n’en doutons pas, de ce futur diablement excitant que l’on s’imagine.

***
Sur une note encore plus festive, la revue 24 Images (qui fêtera cette année ses 30 ans en belles et grandes pompes) ainsi que le site 24iMAG ont appris durant les fêtes leur nomination comme finalistes au grand prix du conseil des arts de Montréal. Nous en sommes fiers des coqs et en profitons pour vous remercier, lecteurs et amis, sans qui la belle aventure de l’empire 24 Images ne serait que peu de choses.

Bon cinéma

Helen Faradji

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