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Plateau-télé

ROSIER INERME - par Robert Lévesque

2009-01-15

ROSIER INERME
 
    Attention au Rosier de madame Husson! Il y en a un qui passe en boucle ces jours-ci sur TV5 (le 14 janvier à 14h, le 16 à 4h30 du mat, le 19 à 23h30) et il n’est pas dans les vintages, ces rosiers d’antan comme c’lui de Bernard Deschamps incarné par Fernandel en 1931 ou c’lui de Jean Boyer enlevé par Bourvil en 1950, films vieillots dès leur sortie, certes, mais qui dégageaient une odeur provinciale, des transpositions sans génie mais portées par une compréhension de l’époque, en l’occurrence le monde du dix-neuvième siècle revisité par ces tâcherons (Deschamps parfaitement oublié, Boyer pas encore) qui trouvaient dans les nouvelles de Maupassant des résonances pas trop lointaines, leurs parents ayant été les contemporains du grand nouvelliste de Boule de suif.
 
    Le rosier de madame Husson, plutôt gentille histoire d’un jeune provincial timide qui, élu « rosier » de Gisors parce qu’on ne trouvait pas cette année-là une seule fille vertueuse dans le village et qui va monter boire sa bourse à Paris et sombrer dans l’alcool, Maupassant l’a écrite en 1887 pour se remettre d’une nouvelle trop noire, La nuit, qui précipitait ses lecteurs dans un cauchemar dont (il faut le dire) il avait le secret. Dès qu’elles étaient terminées, les histoires de Maupassant trouvaient le chemin de la presse. Comme elles trouveraient le chemin du cinéma dès que celui-ci serait inventé, Griffith le premier pigeant dans le stock (The Son's Return, The Necklace), puis Stroheim le vénérant, et Renoir Jean y allant de sa Partie de campagne. Grands maîtres ou faiseurs, tous passeront chez Maupassant, on compte pas moins de 70 films inspirés des textes du célèbre Normand (Guy Hennebelle a compilé le tout dans un ouvrage paru en 1993, Maupassant à l’écran).
 
    Mais là, avec ce Rosier de madame Husson qui fait partie d’une série de seize adaptations de nouvelles de Maupassant produites par France 2 (Chez Maupassant), c’est autre chose, ce n’est plus du cinéma, c’est de la saucisse bas de gamme, autrement dit du téléfilm, autrement dit le sida du cinéma, la mort de l’art par absence d’artisanat ; et ce n’est même pas de la télévision non plus ; le téléfilm, c’est l’écran-caisse. C’est nul, on n’y sent ni la rose ni le réséda, le rosier est inerme, et même si madame Husson lit La croix ou joue à la crapette avec le curé et évoque en passant le président Carnot, rien du dix-neuvième siècle, en encore moins de Maupassant, ne passe.
 
    Avec Fernandel puis Bourvil, le « rosier », dont le prénom est Isidore, prenait évidemment toute la place, le génie de ces bêtes de l’écran aidant, poussant. On n’en demandait pas plus, gueule de cheval et bouille de nigaud. Dans ce téléfilm sans rien ni plus, et moins encore, l’Isidore est absent de l’enjeu et c’est madame Husson qui prend le crachoir. Vous verrez, si vous choisissez de regarder cela, une comédienne du nom de Marie-Anne Chazel qui, au mieux, a l’air égaré d’une Bulle Ogier sous vide ou d’une Miou-Miou surgelée. C’est qu’on va au téléfilm comme on va à la supérette, ne vous plaigniez pas !
 
    Tout sent le faux, tout pue le faux, l’affiche du marchand, la rue, et jusqu’aux navets que l’on vend au marché d’un Gisors de studio-minute. Le seul navet qui a l’air vrai, c’est ce téléfilm signé Denis Malleval. Que le Horla ait son âme, à ce Malleval, si tant est qu’il en ait une !
 
Robert Lévesque

P.-S. qui n’a pas rapport avec ce qui précède : l’arrêt des séances de cinéma à Ex-Centris, décidée par Daniel Langlois, si elle serait de nature à plaire à un chroniqueur qui cause du cinéma vu à la télé, n’en est pas moins (aux armes, cinéphiles !) une décision répugnante, provocatrice, violente, misérable, et inexcusable.
 
Robert Lévesque
 
 

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