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Films de la semaine

HOME - Critique d'Helen Faradji

2009-01-15

HOME, TOUGH HOME

    Une maison où règne un joyeux bordel, une famille marginale et heureuse de l’être, un bout d’autoroute fermée : il n’en fallait pas plus à la jeune réalisatrice franco-suisse Ursula Meier, ex-assistante d’Alain Tanner, pour planter le décor de son premier film, Home.

    Présenté à la dernière Semaine de la Critique, Home a le charme étrange des ovnis qui débarquent de nulle part, sans frapper, sans avoir la politesse de bien vouloir se ranger dans une case. Singulier et poétique, il s’accapare ce bout d’autoroute paumée à travers les champs pour regarder vivre Marthe, Michel, leurs deux adolescentes et leur jeune fils Julien. Ils ont la démerde dans le sang, ceux-là. Installés dans l’immensité déserte, ils se sont inventés un petit bout de paradis juste pour eux. On peut y bronzer sur l’asphalte. On peut y faire du vélo comme dans un western. On peut s’y faire un road-movie sans même avoir besoin de bouger. Jusqu’au jour où comme dans un film de science-fiction, une équipe de types en combinaison orange vient danser le ballet du goudronnage sous leur fenêtre. L’autoroute va rouvrir. Ce que la famille ne voulait pas s’avouer aussi.

    Nature vs culture : la partition est peut-être connue, mais la variation sur thème imposé qu’en propose Home reste néanmoins frappante. Parce qu’elle grince là où on l’attendrait mélodieuse. Parce qu’elle se fait câline là où on la devinerait morose. Parce qu’elle a le sens du burlesque alors qu’on l’imaginait vériste. Home n’est peut-être pas un grand film mais il sait si bien, à grands coups de profondeurs de champs mythiques et de plans à l’épaule bouillonnants, de symbolisme simple et de malaise bien concret, bousculer le doux ronron de nos quotidiens cinématographiques qu’on est tout prêt à lui garder une petite place spéciale.

    Certainement plus à l’aise dans sa première partie, la seconde s’égarant sur les trop nombreuses pistes ouvertes, le film peut également compter sur les présences sans faille d’Isabelle Huppert, implacable en femme au bord de la crise de nerfs et d’Olivier Gourmet, en cow-boy du dimanche aux névroses tout aussi sensibles. Deux grands acteurs qui ne font certes pas oublier toutes les maladresses de Home mais qui font passer avec assez de bonheur la pilule de cette fable douce-amère au sous-texte anarcho-utopiste loin d’être désagréable.

Helen Faradji

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