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DANS LES YEUX DE SCOUT - par Robert Lévesque

2009-01-22

DANS LES YEUX DE SCOUT
 
    Maintenant qu'un président noir occupe la Maison blanche, impressionnant le monde par son intelligence et son élégance, il y a une série de films qu'on reverra avec un intérêt renouvelé, raffermi, autre que cinéphilique ; une sollicitude plutôt, un soin plein de souci, une attention soutenue car ces films-là, comme le remarquable To Kill a Mockingbird de Robert Mulligan, font partie d'une veine humaniste de l'histoire du cinéma (la dénonciation du racisme) qui, avec l'élection de Barack Hussein Obama à Washington, connaît un aboutissement politique heureux, hors fiction, bien réel et fait d'espoir envers la généralisation d'une justice humaine.
 
    Le hasard fait que ce film de Mulligan, réalisé en 1963 et dont le titre français est Du silence et des ombres, est diffusé sur ARTV ce samedi 24 janvier à neuf heures. On se lève tôt samedi ! On doit bien çà à Robert Mulligan, mort le 20 décembre dernier, dont ce film, son meilleur, donna à voir aux cinéphiles du monde entier, par les yeux d'un enfant, Scout Finch, jusqu'à quel point le racisme ordinaire des Américains blancs de l'Alabama dans les années trente (comme Le fascisme ordinaire des nazis envers les Juifs illustré par Mikhaïl Romm en 1964) pouvait être insidieusement ancré dans les mœurs. Cette jeune fille, Scout, réalise à quel point, dans son village, l'esprit des Blancs est borné et comment est grande l'étendue du malheur des Noirs.
 
    Scout est la fille d'Atticus Finch, veuf, avocat, sudiste et Blanc, qui a à défendre Tom Robinson, un Noir accusé à tort du viol d'une Blanche. Son innocence prouvée, le jury le déclare coupable. Il s'enfuit. On l'abat (« on », ici, inclut le village même si un seul Blanc tira le Noir). La performance d'acteur de Gregory Peck en Atticus Finch, si digne et impressionnante (la respectabilité même), saluée d'un Oscar, était en soi, mon souvenir le garde ainsi en tout cas, une leçon de courage moral. À la sortie de ce film, nous avions tous pour Atticus le regard de Scout… Le sommet dans la carrière de Peck.
 
    To Kill a Mockingbird (Atticus raconte à sa fille que lorsqu'il était enfant, son père lui donna un fusil en lui disant qu'il pouvait viser des cannettes mais pas des rossignols, qui ne font que chanter pour notre plaisir) est un film qui impressionna beaucoup, qui m'impressionna grandement. Au tout début des années soixante, après les guerres, avant les fleurs, on croyait que le racisme des Blancs envers les Noirs allait disparaître dans les mauvais souvenirs à oublier… Côté fiction, Sartre en 1947 avait fait jouer et publier La putain respectueuse ; côté réalité, la couturière Rosa Parks, en décembre 1955, avait refusé de céder sa place dans un bus de Montgomery. La « question noire » trouve aujourd'hui, avec Obama président des États-Unis, une réponse, et, espérons-le, une solution…
 
    Si le film de Robert Mulligan était si fort, si émouvant, c'est beaucoup grâce au roman qu'il avait adapté avec le scénariste Horton Foote et qui portait sur l'enfance dans le Sud profond pendant la Dépression, ce roman d'Harper Lee (Pulitzer 1961) qui sera son seul roman et qui était en fait une nouvelle qu'elle retravailla à la demande de l'éditeur qui lui refusait un recueil. Bien lui en prit car To Kill a Mockingbird, dont le titre français est Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, est un texte touché par la justesse et la grâce. Il faut dire qu'Harper Lee, née en 1926 dans une petite ville du sud-ouest de l'Alabama (Monroeville), avait sous les yeux, comme Scout Finch, un père avocat. Montée à New York, Harper Lee ne publiera plus et elle sera « happée » par Truman Capote qui l'embrigadera pour travailler avec lui à son chef-d'œuvre In Cold Blood. Dans le film de Bennett Miller, Capote, son rôle est joué par Catherine Keener ; dans celui de Douglas McGrath, Infamous, qui joue Harper Lee ? Sandra Bullock : anything is perfect !

 Robert Lévesque

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