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LES TESTICULES FONDAMENTAUX - par Robert Lévesque

2009-01-29

LES TESTICULES FONDAMENTAUX

    Oh, quel film, dites donc ! Vous n’avez pas vu Les particules élémentaires ? Oui, oui, les particules de Houellebecq, ce roman sec, supposément sulfureux mais surtout sulpicien si vous voulez mon avis ; ce roman c’est une boutique de chromos freudiens à dix sous la tonne et les Inrockuptibles avaient marché là-dedans à la parution en 1998. C’était du génie, écrivait-on, ça écraserait tout, il y en avait même pour parler, chez Bazzo Radio, du nouveau Louis-Ferdinand Céline ! Et ce n’était – je persiste et signe – qu’une merde sèche, le caca d’un gnome, des particules ou « parties de cules » (comme aurait dit Vian s’il avait lu ça). Le gnome Houellebecq s’est abîmé depuis, corps et biens, roman et film, dans La possibilité d’une île, l’impossibilité d’une œuvre, en fait, car c’est ça son affaire à ce nu-vite du roman fin de siècle. Voilà un Maurice Sachs qui n’aurait pas rencontré son Cocteau ni sa Violette Leduc pour l’aider à se calmer le pompon, à se polir le sordide, à cesser d’éjaculer sans foutre…
 
    Eh bien, cette camelote littéraire, cette fausse saloperie qui prétend comptabiliser sur la misère sexuelle contemporaine et qui a fait encore une fois Sollers se tromper, comme dans le temps des cerises de Mao, elle n’a pas été qu’écrite fort mal, elle a aussi été filmée mal foutue au possible ! Catherine Millet, dont une seule phrase de sa Vie sexuelle écrase tout Houellebecq, est bien bonne quand elle déclare : « Une misère de langue révélatrice de la misère sexuelle contemporaine ». C’est de la misère littéraire, tout simplement, tout platement, et maintenant c’est de la misère cinématographique. Il s’appelle Oskar Roehler celui qui a niaiseusement signé Les particules élémentaires pour l’écran. Vous pourrez le vérifier sur ARTV le 6 février à 11h30, le film est de 2006, 122 minutes de fiasco. À vos risques…
 
    Le problème c’est que si (Houellebecq comme Roehler) l’on avait fait le choix de la comédie féroce au lieu de s’engoncer dans un existentialisme rentré de curé sous-bernanosien, un existentialisme sans Boris évidemment, cette matière-là (pas tant la grise que la blanchâtre) aurait été « bandante», genre Gouttes d’eau sur pierres brûlantes de Ozon (qui passait en boucle la semaine dernière sur TFO). Car, après tout, avec ces deux frères protagonistes, Bruno et Michel, les deux testicules du raisonnement, tout était là pour la rigolade massive : la tombe de la mémé qu’il faut vider pour tracé d’autoroute, le bébé qu’on gave de somnifères écrasés, le chat qui ferme les yeux quand le frérot éjacule, le pépé qu’on a trouvé décomposé dans une « talle » de champignons, le gamin qui se branle devant sa mère qui roupille, la colonie de vacances pour se dégourdir fesses et burettes, le père alcoolo qui a raté le marché des nichons en silicone et qui pense se lancer dans celui de l’allongement des bites, etc.
 
    « Avec le lithium, je bande plus », se plaint Bruno pendant que Michel cherche à régler le système de reproduction humaine sans qu’il y ait aucun toucher, aucun acte sexuel. Forniquer sans niquer, en somme. On en est là. Dans une pure absence de talent. Une impure imposture. Agace-quéquette et pousse-cucul. En fait, au mieux, ce que je pourrais dire de cette merde et de roman et de film, c’est que voilà du Feydeau qui s’ignore, le Feydeau de Montretout, de la jarretelle et de la poignée de porte mais qui aurait pris un coup de déprime, du Feydeau déplumé, neurasthénique (nique nique, ajouterait Vian), oui, tiens voilà, bon sang mais c’est bien sûr, du Houellebecq c’est du caca de gnome neurasthénique. Et ça passe à la télé ! Entre copains malins, on peut vraiment s’amuser avec ce fondamentalisme du testicule…
 
Robert Lévesque

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