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WENDY AND LUCY - critique de Juliette Ruer

2009-01-29

SUR LA ROUTE
 
    Certains films sont si petits qu’il faut lever la tête pour les voir passer, mais ils tombent si justes qu’ils deviennent énormes. Wendy and Lucy sort de cette drôle de catégorie, celle du on-aurait-pu-le–rater.
 
    Film indie dans toute sa splendeur, il est l’œuvre de la réalisatrice Kelly Reichardt, qui circule dans l’indépendant et l’expérimental et a déjà marqué les esprits avec Old JoyWendy and Lucy est resté dans l’œil des spectateurs à Cannes dans la section Un certain regard; et il a remporté le prix du meilleur film et celui de la meilleure actrice décernés par la Toronto Film Critics Association. La semi-notoriété de Michelle Williams (ex de feu Heath Ledger) - ainsi que celle de Todd Haynes en producteur -  ont dû aider à plus de visibilité.
 
    Qu’importe le buzz. Voilà un film court, serré, construit avec un soin attentif mais sur le ton de la nonchalance. L’air de rien, avec légèreté, quelques évidences tombent. Dont celle, très surprenante, d’avoir l’impression de regarder Les Raisins de la colère à l’ère de la dépression actuelle. Une jeune femme, Wendy, est sur le chemin de l’Alaska avec sa chienne Lucy, pour chercher du travail. Sa voiture est pourrie. Elle tombe en panne en Oregon, ce qui déclenche une série d’événements. Cette fille, entre la Sandrine Bonnaire de Sans toi ni loi et le Kid, pourrait être n’importe qui de moins de 25 ans qui échappe aux clichés de la jeunesse et qui, en même temps, serait la grande sœur de Juno. Elle monte vers le nord, en fredonnant, avec sa chienne qu’elle adore. Elle croise plusieurs personnages, représentants de différents caractères connus – le refus pur et simple des rebelles autour du feu, la résignation et le grand cœur du gardien de parking, la sale conscience de droite religieuse du commis d’épicerie, le semi indifférence du garagiste (Will Patton) et la folie banale d’un errant de passage qui lui file une sérieuse frousse. De sa famille, Wendy n’aura que des voix au téléphone, trop fatiguées de tout pour être inquiètes. Restent un chien jaune, une voiture, quelques dollars. On comprend soudain qu’entre ça et le dénuement, il y a un pas de souris; qu’elle franchira.
 
    Or, la réalisatrice ne va pas nous terroriser avec une histoire sordide. Sa finale, bien que déchirante, sera ouverte, apaisante : Wendy fredonne. Quel qu’il soit, il y a un futur. Le chemin pour y arriver est juste composé de blocs de vie qui, au lieu de se construire, s’écroulent sans que rien n’y paraisse. Sans connaître le bagage de départ de Wendy, son histoire a tous les stigmates d’une peau de chagrin.  C’est le road movie délicat de la récession économique actuelle, de la précarité toujours plus grande, mais tout en silence et en longs travellings d’une grande beauté. Dans l’économie de mots, les sons explosent et les visages prennent le dessus. On ne rate pas un regard fuyant, une gestuelle, une tristesse fugitive. Michelle Williams est magnifique. Pas d’intensité déplacée, pas de surenchère, pas de fausse humilité, elle est si émouvante qu’elle accompagne longtemps après que le film soit fini.
 
Juliette Ruer

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