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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

À DROITE, À GAUCHE

2009-01-29

À DROITE, À GAUCHE

    Grosse semaine pour le cinéphile puisque l'on apprenait coup sur coup, jeudi et vendredi dernier, les titres des heureux élus nommés aux oscars et aux césars. Deux constatations :
- Le gala des oscars, que pourtant l'on pourra voir n'importe où, n'importe comment, à partir de n'importe quel téléviseur canadien digne de ce nom s'annonce plutôt ennuyeux. La bataille The curious case of Benjamin Button / Slumdog Millionnaire? Un gros bof, les deux films nous excitant autant que la perspective de pouvoir acheter une soirée avec Céline sur e-bay. La polémique entourant l'absence de The Dark Knight des catégories dites « de prestige »? Un même gros bof, l'idée que ce film, certes bien fait, n'ait aucune chance de se tailler une part du lion dans le gros gâteau cinéma de l'année nous semblant aussi normal que le froid en hiver. Seul petit os à ronger pour les fans de compétition : Valse avec Bachir, lauréat de cette « palme du cœur » d'un cucul consommé à Cannes gagnera-t-il cette fois contre Entre les Murs, qui lui rafla la palme d'or sous le nez? On a les compétitions qu'on peut.

- C'est finalement du côté des Césars que les choses semblent plus excitantes. Bien sûr, pour la nomination de Marc-André Grondin comme meilleur espoir masculin sur laquelle la déferlante médiatique va s'abattre avec la subtilité d'un semi-remorque. Mais surtout pour la compétition annoncée dans la catégorie documentaire où s'affronteront les magnifiques Elle s'appelle Sabine de Sandrine Bonnaire, Les plages d'Agnès d'Agnès Varda (le 13 mars, à l'Ex Centris…) et La vie moderne de Raymond Depardon. Du très très haut calibre dont on apprendra les résultats tristement sans pouvoir les voir, puisque TV5 ne diffusera pas la soirée, n'ayant pu s'entendre avec le diffuseur français Canal Plus. Misère…

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La bonne parole de la semaine, que l'on pouvait découvrir ici
« C'est très excitant mais en même temps un peu étrange. Quand on fait du documentaire, on ne s'attend pas à se retrouver dans ce genre d'univers. Il y a quelque chose d'hilarant là-dedans, comme si Dieu riait de moi…ou peut-être aussi avec moi », James Marsh, en réaction à la nomination de son film Man on Wire pour l'oscar du meilleur documentaire qui n'a aucune raison de ne pas décrocher.

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La traduction de la semaine : Slumdog Millionaire, devenu ici au Québec Le pouilleux millionnaire. Et pourquoi pas le Pestiféré plein d'oseille? Ou encore le lépreux richissime? Ou même le galeux et son or. Ca aurait eu le même effet.

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Rayon cinéma d'auteur, on peut trouver dans la section communiqués du site de l'ex-centris, une justification de Daniel Langlois semblant tout étonné que les médias n'aient pas applaudi des mains à sa décision de renouveler la vocation de ses salles. On se permettra néanmoins un point de clarification. Le communiqué énonce en effet : « Si le fait que les deux salles d'Ex-Centris arrêtent leur programmation régulière de  cinéma cause un écroulement de l'industrie du cinéma indépendant au Québec, comme cela est avancé par certains, le problème est alors soit plus gros ou bien plus petit que l'on pourrait le croire ». Certes, le problème est vaste, personne ne le niera. Mais nier que l'absence d'Ex-Centris sur notre carte va créer un sérieux vide en termes de diversité d'offres et de richesse de la vie cinéma (et ce sans rien enlever au travail fait par le cinéma du Parc et par le Beaubien) serait tout aussi exagéré.
 
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La déception de la semaine : c'est à Londres, plutôt que dans notre froid polaire que nous voudrions pouvoir être, malgré la folle excitation qui s'est emparée des troupes à l'idée de découvrir le nouveau budget fédéral. En effet, The Independant nous apprenait la tenue dans cette jolie ville de l'exposition Unfoldring The Aryan Papers concoctée par les artistes Jane et Louise Wilson. Une expo entièrement consacré au projet fantôme de Stanley Kubrick, The Aryan Papers, adapté du roman de Louis Begley, Wartime Lies, pleine de croquis de costumes, d'ébauches et de photographies d'archives et qui sera présentée au British Film Institute dans le cadre de leur rétrospective Kubrick. Un film qui aurait évoqué le sort de l'industrie du cinéma allemand sous la coupe de Joseph Goebbels mais qui fut abandonné une fois que Spielberg eut annoncé son intention de réaliser son « film d'Holocauste », Schindler's List. À noter, la Warner détient encore les droits du projet Aryan Papers et pourrait bien décider un jour ou l'autre de les ressortir de ses cartons… ce qui ne laisse rien présager de bon.

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La plus belle surprise de la semaine nous vient du New York Times qui abrite en ce moment un nouveau blogue, signé Errol Morris. En matière de correspondant prestigieux, on a déjà vu plus pouilleux que le réalisateur du majeur Fog of War et du rusé Standard Operating Procedure. Et puisque la question présidentielle l'intéresse au plus haut point, c'est justement autour de photos choisies du président sortant Bush qu'il a choisi de discuter avec les directeurs des sections photo de 3 agences de presse, Vincent Amalvy, Santiago Lyon et Jim Bourg. Une longue et passionnante conversation sur la confection de l'histoire à travers les yeux de ceux qui choisissent pour nous. Joie..

Bon cinéma

Helen Faradji

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