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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

SPÉCIAL FRANCE

2009-02-12

SPÉCIAL FRANCE

    Après le début d'année plus ou moins chaotique que les troupes cinéphiles ont connu, et alors que cette déprimante crise ne se décide toujours pas à nous laisser tranquilles, avouons que quelques bonnes nouvelles, même venant d'Outre-Atlantique, ne seront pas de trop. Juste pour remettre un peu de fuel dans la machine, pour s'éviter quelques aigreurs aussi, ça défraîchit le teint.

    C'est d'abord du côté de la presse écrite qu'un tout petit petit rayon de soleil vient de poindre le bout de son nez. Les Cahiers du cinéma, bible parmi les bibles qu'on savait en mauvaise posture depuis l'annonce en avril dernier par la société éditrice du Monde de sa mise en vente, viennent d'être racheté et de trouver leur place dans le confortable giron de Phaïdon Press. Éditeur de magnifiques livres d'art richement illustrés, et notamment des sommes Cinema Today d'Edward Buscombe et Hitchcock at Work de Bill Krohn (pas mieux que les conversations Hitchcock-Truffaut, faut pas exagérer, mais de haute tenue tout de même), Phaïdon, dont l'offre de rachat a été approuvée par la Société Civile des Amis des Cahiers du cinéma (un regroupement d'anciens rédac' chef, cinéastes et autres défenseurs de la bobine et de l'orphelin) reprendra donc en main les affaire non seulement de la revue mais également des éditions Cahiers du Cinéma, responsables de petits ouvrages trop nombreux à lister ici mais qu'on vous recommande les yeux fermés. Cerise sur le moelleux gâteau, cette affirmation de Phaïdon : « nous sommes résolus à redonner aux Cahiers leur rôle central et indispensable dans le monde cinéphile ». Nous n'en attendons pas moins.

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    Même joyeux son de cloche, cette fois du côté du système de production en France. Vous rappelez-vous de ce fameux Club des 13 qui, sous la direction de Pascale Ferran, avait sérieusement secoué les puces d'un milieu aussi sclérosé que néfaste à la production et à la diffusion du cinéma indépendant ? Non ? Rejetez un œil au numéro 139 de la revue 24 Images et à son dossier spécial Cinéma français…Pour revenir à nos moutons financiers, voilà que l'affaire des 13 a connu quelques suites. Le 6 février dernier, le Centre National de la Cinématographie, chargé par la ministre de la culture locale de réfléchir aux problèmes soulevés par Ferran et comparses, dévoilait quelques conclusions qu'honnêtement, on aimerait bien voir nos institutions lire et apprendre par coeur.

    Parmi celles-ci, toutes ouvertement favorables au cinéma d'auteur (le club des 13 les a même adoubées), ce barbarisme technique : « rendre le soutien automatique producteur plus redistributif ». Redites-nous ça en français, pour voir ? Simple : en France, les films sont entre autres financés par une taxe prélevée sur chaque billet de cinéma, reversée ensuite aux films. Le succès d'un film en salles rejaillit ainsi sur les autres. La bonne idée du CNC : repenser ce système en avantageant les films ayant réalisé moins de 2 millions d'entrées. Si l'idée d'implanter une telle taxe prometteuse d'une belle solidarité dans un milieu de plus en plus rapiécé a déjà échoué par deux fois dans notre belle famille du cinéma québécois, cet élan français pourrait à nouveau nous inspirer. Jamais deux sans trois, non ?

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    Dernier éclat de rire avec cette déclaration de Dany Boon, réalisateur du bulldozer Bienvenue chez les Ch'tis, boudé lors des nominations aux Césars, trouvée sur le site du Monde : "C'est un peu dommage, c'est la fête du cinéma et on n'est pas vraiment représenté (…) Je m'attendais à être un peu plus représenté au premier tour. Il faut savoir reconnaître le succès d'un film et le plébiscite du public (…) le problème des Césars, et des Molières c'est pareil : quand on a du succès, ça créé une forme de jalousie. Les gens se disent : il a le succès, il a tout, il ne va pas non plus avoir les récompenses". Vexé comme un pou, et fier représentant du dicton le ridicule ne tue pas, Dany Boon se vengera en privant la fête de son auguste présence. Sur demande, nous pourrons lui fournir les coordonnées d'Eric Canuel.

Bon cinéma

Helen Faradji

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