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LA FILLE DE MONACO - Critique de Bruno Dequen

2009-02-12

TENSIONS LIBIDINALES AU ROYAUME DU TOC

    Le dernier film d'Anne Fontaine est un drôle d'objet.  Au premier abord, les mésaventures monégasques de Bertrand (Fabrice Luchini), célèbre avocat parisien tombé malgré lui fou amoureux d'une bombe sexuelle locale (Louise Bourgoin, ancienne miss météo de Canal Plus), ne semblent être qu'une réactualisation légère et superficielle de La femme et le pantin de Duvivier. Si l'étrange accouplement d'un Luchini muet de désir et d'une bimbo vulgaire en adoration devant Lady Di fait forcément sourire, on demeure cependant jusque-là dans la petite comédie française sans ambition, impression critique confortée par une mise en scène digne d'un téléfilm à gros budget.

    C'est alors que le film ajoute un ingrédient supplémentaire à cette recette connue de tous à travers le personnage de Christophe (Roschdy Zem), garde du corps de Bertrand et ancien amant de la bimbo.  Tout d'abord discret et distant, le garde du corps va progressivement s'impliquer dans la vie de son client.  Ne comprenant pas qu'un homme aussi sophistiqué et intelligent que Bertrand puisse être à ce point affecté par une fille aussi facile et superficielle, Christophe décide de prendre les choses en main.

    Au tour de la relation entre Bertrand et Christophe de devenir le véritable sujet du film.  À la fois amoureux jaloux, mère protectrice, conseiller intime et admirateur fervent, Christophe est probablement la meilleure chose qui soit arrivée à Bertrand, verbomoteur sexuellement angoissé et troublé par la masculinité simple et affirmée de son garde du corps.  Reléguée au second plan, la fille du titre n'a alors d'intérêt que parce qu'elle permet le développement de la superbe relation ambiguë unissant nos deux antipodes masculins, ce que l'ultime sourire de Bertrand vient confirmer.

    On le voit bien, de nombreux éléments ont été mis en place pour faire un film passionnant sur les mécanismes du désir.  Malheureusement, si Fontaine met en scène avec une certaine habileté la valse de ces trois corps disparates, son incapacité à trouver le ton juste dans la dernière partie du film nuit grandement à l'ensemble.  Ce n'est pas d'un suspense léger mais d'une tension à couper au couteau dont La fille de Monaco aurait eu besoin pour pouvoir pleinement exploiter ses potentialités narratives et thématiques.  En voulant rester dans la comédie tout public, Anne Fontaine est passée à côté de son propre film.

Bruno Dequen

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