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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

QU’EST-CE QU’UN (BON) FILM D’OUVERTURE?

2009-02-19

QU’EST-CE QU’UN (BON) FILM D’OUVERTURE?

    Plus qu’une tradition, un vrai instrument de mesure. Le film d’ouverture d’un festival de cinéma se doit d’être à la hauteur. Parce qu’il ouvre le bal, parce qu’il donne le ton, parce qu’il détermine la hauteur de la proverbiale barre. Sans compter qu’ainsi paré de ses plus atours (tapis rouge, médias à l’avenant, etc…), ledit film jouit aussi en retour d’un coup de projecteur particulièrement aveuglant. On lui pardonne même plus facilement qu’à d’autres. Il est consensuel? Tant mieux, il rassemblera le plus grand monde. Il est dérangeant? Tant mieux, les programmateurs ont fait preuve d’audace. Quel que soit le cas de figure, la situation est gagnante-gagnante : le festival bénéficie de la popularité du film (en général agrémenté de vedettes du jour toutes prêtes à venir en assurer la promotion), lequel gagne ses galons médiatiques en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

    Du moins, en théorie. Car parfois, la machine se met à grincer, les boulons se rouillent et le joli tchou-tchou plein d’allégresse se transforme en vilain cri disgracieux. L’indulgence est alors impossible. Comme hier soir, le mercredi 18 février, lorsqu’un parterre d’invités triés sur le volet - dont on imagine aisément la réaction - a découvert le film choisi pour ouvrir la 27e édition des Rendez-Vous du Cinéma Québécois, Cadavres.

    6e film réalisé par Erik- I love rock’n roll – Canuel (Le survenant, Bon cop/bad cop…), adapté du roman policier de François Barcelo et produit par Christal Films, Cadavres est non seulement au cinéma ce que les plats congelés sont à la gastronomie, mais aussi au cinéma québécois ce que TQS est à une programmation télé décente. Du cheap, du bas de gamme, du médiocre. Du sous-sous-sous-sous-sous Tony Scott biberonné à Allo-Police, qui se rêve en Fargo revisité par Todd Solondz mais ne parvient piteusement qu’à agiter ses plans dans tous les sens pour nous faire découvrir une Julie Le Breton tournicotant nue comme un ver sous l’œil complaisant de son réalisateur et un Patrick Huard dans une prestation de toupie humaine pour le moins hallucinante. D’une rare vulgarité, Cadavres est un film moche : esthétiquement, narrativement et moralement.

    En soi, cela n’a que de peu d’importance. Des films ratés, on en croise par pelletées, de toutes sortes, de toutes formes. Que ce film triste et grossier ait par contre été choisi comme représentant d’une manifestation célébrant le cinéma québécois est déjà beaucoup plus difficile à avaler.

    Quelle mouche a bien pu piquer les programmateurs? Comment justifier ce choix à l’heure où justement, en 2008, le cinéma québécois a plus que brillamment prouvé sa valeur artistique? N’y avait-il donc aucun autre film susceptible de lancer les festivités et de leur donner le ton qu’elles méritent?
Certes, des considérations financières sont à prendre à compte. Car qui dit film d’ouverture, dit soirée d’ouverture, et dit aussi nécessairement gros sous. Au distributeur/ producteur d’en assumer la charge plus ou moins complète et d’assurer le show. Mais pour quelques paillettes ou quelques petits fours de plus, jusqu’à quel compromis faut-il accepter d’aller? Miser sur la qualité du film plutôt que sur celle de la réception ne semble pourtant pas un choix si farfelu. La fin ne justifie certainement pas ici les moyens.

    Bien sûr, les Rendez-Vous ne se limitent pas, et ne se sont jamais limités (rappelez-vous de L’œil du chat ou de Ma fille, mon ange), à leur film d’ouverture. Cette année ne fera pas exception, le programme étant assez joliment chargé (on est d’ailleurs très intrigué par ce À 3, Marie s’en va, petit film indépendant et improvisé réalisé par Anne-Marie Ngô, dimanche le 22, 19h30). Reste néanmoins qu’une telle première impression sera, peut-être plus qu’une autre année, difficile à faire oublier.

**
    Sur un sujet tout aussi québécois et tout aussi mystérieux, quelqu’un aurait-il la bonté de nous expliquer où sont passés les Capitalisme sentimental, Papa à la chasse aux lagopèdes, Ce qu’il faut pour vivre ou Tout est parfait? Parce qu’on a beau eu bien chercher, on ne les a pas vu dans les nominations au Jutra du meilleur film 2008. Ailleurs, oui (et encore…). Mais pas là. Il ne peut bien sûr s’agir que d’une erreur. Quant à l’absence tout court d’À l’Ouest de Pluton ou d’Elle veut le chaos, nous sommes à deux doigts d’exiger un recomptage …

Bon cinéma

Helen Faradji

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Vos réactions (4)

  1. Je suis tout à fait d'accord avec vous. Cadavres est tout simplement raté et en plus il a ouvert les Rendez-vous du cinéma québécois. Ce matin, je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi.

    par Alexandre Caron, le 2009-02-19 à 11h13.
  2. Je ne dirai pas que j'étais «plein d'espoir», mais au moins que j'avais «quelque espoir» de voir Érik Canuel faire un bon film dans un genre assez peu visité au Québec. Mais là... C'est le camion-citerne d'essence vidé sur mon espoir, l'allumette craque... Beau texte enflammé. (Pourtant Coulombe dit que...)

    par Antoine, le 2009-02-19 à 11h25.
  3. Tony qui est déjà du sous-sous-sous-sous-sous Ridley. Film qu'on nous beurre épais, quand tout le monde s'entend pour dire qu'il ne vaut pas un clou. Un programmateur ne peut pas toujours dire non apparemment.

    par Jason B., le 2009-02-19 à 16h20.
  4. Je n'ai pas encore vu Cadavres, mais je doute fortement que ça soit pire que Dans l'oeil du chat... qui, tiens-tiens, mettait aussi en vedette Julie Le Breton. Peut-être que les programmateurs des Rendez-vous ont un faible pour la jolie actrice?

    par Kevin, le 2009-02-19 à 17h05.

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