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YOU BETTE! - par Robert Lévesque

2009-03-03

YOU BETTE!
 
    D’abord, s’il faut en croire sa mère Ruthie qui le raconte avec énormément de plaisir, Bette Davis comptait parmi ses ancêtres une des sorcières de Salem. C’est vrai que, quoique trois siècles plus tard, elle était née dans le même coin perdu du Massachusetts. Qui plus est, la première fois que la petite Ruth Elizabeth Davis monta sur scène dans un spectacle de Noël à son école de Lowell, elle prit feu en manipulant des chandelles. Et le premier rôle professionnel qu’on lui offrit au théâtre à Boston était celui de la petite Hedwige qui, dans Le canard sauvage d’Ibsen, se tue au grenier en tentant d’égorger le palmipède…
 
    On imagine volontiers Bette Davis en sorcière, en tueuse, en méchante, fière dans un brasier ou rageuse au grenier, et si l’on serpente dans sa fabuleuse filmographie on peut jouer l’air des venins, c’est, dès le tout premier film, The Bad Sister (1931), c’est L’Intruse (1935), c’est L’Insoumise (Jezebel, 1938), c’est La Vipère (1941), c’est La Garce (1949), elle y est une actrice alcoolique, une jeune fille qui va au bal en robe rouge, une épouse qui tue ses maris, une ivrogne finie dans La Star (1952), une ex-star et une sœur sadique qui sert du rat dans Whatever Happened to Baby Jane ? (1962), ce film d’Aldrich qui freina un temps son déclin bien amorcé et qui la ramenait, belle boucle, à ce type parfait pour elle de la mauvaise sœur…
 
    Mauvaise sœur, folle, rosse, mais star, toujours, la plus épouvantable de son temps (en gros les années d’avant-guerre et d’après-guerre, les époques Roosevelt et Truman), star de choc et donc reine, la reine de l’Hollywood du noir et blanc et de la sortie définitive du muet, la crainte financière de l’industrie toute-puissante, la peste bubonique des réalisateurs sauf des meilleurs (Mankiewicz n’eut pas à son plaindre durant le tournage de All about Eve, un des rares chefs-d’œuvre de sa filmographie d’enfer), la bitch des rivales (« Je n’ai rien contre Joan Crawford, si seulement elle savait jouer la comédie ! »), mais, last but not least, la plus grande, l’inégalée interprète d’Élizabeth (mes excuses à Cate Blanchett et Helen Mirren) depuis La Vie privée d’Élizabeth d’Angleterre de Michael Curtiz (1939).
 
    Sur ARTV dimanche le 8 mars à 18h30, le documentaire de Peter Jones (Stardust, the Bette Davis Story) est une belle occasion de revenir sur la vie et la carrière de cette farouche actrice à nulle autre comparable, le mot carrière, dans son cas, reprenant son premier sens, celui d’une arène, descendre dans l’arène comme elle le fit dans ses grandes années, ne laissant aucun spectateur indifférent, choquante ou troublante, jamais ordinaire, toujours lutteuse. Un des scénaristes qui a travaillé pour elle résume crûment le phénomène : « Difficile d’imaginer un type du métier qui en avait autant dans le pantalon que Bette Davis ». Les types du métier, alors, c’étaient les Bogart, Gable, Flynn et Fonda…
 
    Dix fois en lice aux Oscars (on ne fut pas trop chiche envers elle), elle en obtint deux. Quatre fois mariée, elle gagna quatre divorces. Et lorsqu’en 1962 elle écrivit ses mémoires, le titre alla de soi, The Lonely Life

Robert Lévesque

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