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MOSCOW, BELGIUM - Critique de Juliette Ruer

2009-03-03

MOSCOW, BELGIUM, DE CHRISTOPHE VAN ROMPAEY

    Matty, la quarantaine, fait ses courses dans un supermarché avec deux de ses enfants. L’air est fatigué, l’œil éteint et le cheveu a de méchantes repousses.  Elle habite dans un immeuble moderne, près de l’autoroute, dans Moscow, un quartier populaire de Ghent, en Belgique. Elle sort du supermarché et emboutit le devant du camion de Johnny, fin de la vingtaine. Ils se lancent des noms d’oiseaux à la tête, les flics arrivent et voilà une histoire d’amour qui débute dans un coup de foudre qui a tout l’éclat du coup de gueule. Belle scène.

    Ça part vite en vrille, avec le naturel que n’ont pas les adolescents énamourés. Les déclarations fusent sans vernis, ces deux amants ultra normaux n’ont pas le romantisme délicat. Matty, avec un mari qui fait sa crise de la quarantaine, trois enfants et son boulot à la poste a tous les freins du fatalisme en marche… Le plaisir sera de voir comment Johnny va contourner les défenses et casser cette carapace de lucidité.

    Le film de Christophe Van Rompaey – gagnant de la Semaine de la critique à Cannes – est très collé aux personnages. On ne voit qu’eux, rien d’autre n’est important. On est donc happé très rapidement dans l’aventure sentimentale; on y croit. Dans ces cas-là, le danger était de rater le réalisme de la chose. Mis à part quelques hasards qui tombent bien (l’ex qui débarque au moment où Johnny - ex alcoolo-  force sur la bière, le coming out de la fille aînée), le film a la véracité chaotique du quotidien et les scènes d’amour sont assez justes.

    Le charme opère surtout grâce au duo Matty et Johnny, Barbara Sarafian et Jurgen Delnaet. Au fur et à mesure que le film avance, les personnages se précisent, évoluent (pas tous) et nous gagnent le cœur. On se croirait parfois dans un Mike Leigh où l’écart entre les générations est flou et la peinture familiale, juste. Les adultes démunis suivent leurs envies avec fougue, les enfants sermonnent, on mange ensemble à table et on crie, on renverse même le plat sur la tête de celui qui crie le plus fort. Ça arrive.

    Ce film ressemble un peu au danois Italian for Beginners, dans la sensualité assumée, le passage du sourire au drame, et surtout dans l’apparente légèreté avec laquelle tout cela est conté. Car rien n’est évident, ni noir ni blanc. Et si la finale est paisible et que la dame semble avoir choisi - elle marche avec un sourire aux lèvres sur un visage certes plus jeune de 10 ans au moins - ; il n’est pas évident que son choix soit le meilleur. Et pourtant, au temps présent de cette scène, il semble que son choix soit le meilleur. On l’approuve et l’on sort du film avec le sourire.

Juliette Ruer

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