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PAR ICI LES CHEFS-D’ŒUVRE - par Robert Lévesque

2009-03-12

PAR ICI LES CHEFS-D’ŒUVRE
 
    Je suis impardonnable de ne pas vous avoir encore dirigé vers TFO, la télé éducative et culturelle de l’Ontario français qui, question cinéma, a une programmation du tonnerre, la meilleure qui soit. TFO, qui diffuse depuis Toronto, est une télé de rêve pour le cinéphile, une télé qui devrait faire pâlir de honte tous les programmateurs cinéma des télés québécoises. J’imagine que les plus cinéphiles d’entre vous (les plus branchés) le savent déjà, mais à ceux qui ne connaissent pas cette chaîne, un conseil : abonnez-vous au plus vite, branchez vous !
 
    Ainsi, pour la semaine qui vient, du 12 au 20 mars, parmi les séances de cinéma que TFO nous offre en soirée (généralement à 21 heures, parfois à 13 heures et la nuit aussi), on peut se taper, excusez du peu, des œuvres d’Alain Resnais, de Satyajit Ray, de Robert Bresson et de Federico Fellini ! De ces grands maîtres du septième art (l’expression n’a plus cours aujourd’hui), seul Resnais vit encore. C’était Bresson le plus vieux d’entre eux, né à Bromont-Lamothe en 1901 (mort en 1999) et qui avait failli devenir peintre au lieu de cinéaste. Les trois autres, Fellini, Ray et Resnais, sont des types des années vingt nés dans l’entre-deux-guerres, à Rimini, à Calcutta, à Vannes. Ils allaient faire le cinoche du siècle, celui qui allait apparaître pour l’essentiel dans les années 50 et 60.
 
    De Resnais, jeudi 12 mars à 21 heures, L’année dernière à Marienbad. Lion d’or de Venise en 1961. Resnais, qui venait de travailler avec Duras pour créer Hiroshima mon amour, s’associa avec Robbe-Grillet, une autre des grandes figures du roman d’alors (le Nouveau roman qui précéda la Nouvelle vague), pour signer ce sombre et majestueux « jeu de Marienbad » qui bouleversa la narration classique du cinéma. Le présent, le passé, le réel et le fantasme s’y livrent à une joute à quatre qui dépasse le récit habituel des histoires de rencontres, d’amour et de hasard. Triomphe du cinéma sur la littérature, rien de moins ! Et avec l’inoubliable, l’irremplaçable Delphyne Seyrig.
 
    Vendredi 13 à 21 heures et samedi 14 à minuit et demi, L’Invaincu, second tome de la célèbre trilogie indienne de Satyajit Ray dont le titre original est plus connu, Aparajito, Lion d’or à Venise en 1957. Ray adapta un roman de Biblutibhusan Bannerjee qui suivait de 1910 à 1930 l’apprentissage, la scolarisation et l’avancée dans la vie d’un fils de paysans bengalis. Il débuta ce tournage avec des riens, 8,000 roupies, mais le succès mondial du premier tome à Cannes en 1956 (Pather Panchali, prix du « meilleur document humain ») l’assura de pouvoir continuer, mais – c’est sa richesse – dans la fidélité à un esprit de pauvreté. C’est un cycle cinématographique (terminé avec Le monde d’Apu) comparable aux cycles romanesques de Gorki ou Dickens qu’il donna au monde. L’Occident découvrait le cinéma indien (aujourd’hui lamentablement « bollywoodisé »). La musique est de Ravi Shankar.
 
    Vendredi 13 à minuit et demi, Un condamné à mort s’est échappé, pur chef-d’œuvre cru 1956 (prix de la mise en scène à Cannes en 1957). Bresson, après avoir adapté Diderot (Les dames du bois de Boulogne, 1945) et Bernanos (Le journal d’un curé de campagne, 1950), allait plus encore (avec un scénario basé sur des faits réels) signer un cinéma de rigueur, janséniste, minutieux, débarrassé de tout superflu. Tourné au fort de Montluc, ce film sur l’évasion d’un lieutenant français que les nazis désiraient exécuter est exemplaire. Y a-t-il un plus grand film sur le courage ? Justesse des détails et accent de vérité, avant toute velléité de « beau plan ». Du Bresson. De l’art. Et la Messe en ut mineur de Mozart qui semble avoir été composée pour ce condamné qui s’échappe…
 
    Jeudi 19 à 21 heures et vendredi 20 à 13 heures, La Strada, le quatrième film du maître italien, cru 1954. Que dire ? Tout le monde a vu La Strada et tout le monde veut le revoir, ce film (Oscar du film étranger en 1956) délicieux, poétique, suave, merveilleux et triste.... La mort de Gelsomina (magique Giuletta Masina) après une vie de cirque et de servage, amoureuse malgré tout de son effrayant colosse de foire (Anthony Quinn, son plus grand rôle). Avec ses scénaristes experts et inspirés (Ennio Flaiano et Tullio Pinelli), le jeune Fellini de 34 ans, suivant la roulotte de Zampano, partait pour la gloire.
 

Robert Lévesque
 

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