Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

Les deux solitudes ?

2009-03-12

Les deux solitudes ?

    Le constat est désespérant : que l'on se place du côté de la barrière québécoise ou canadienne, les problèmes sont non seulement les mêmes mais sont aussi également graves. Deux institutions majeures de notre cinéma font ainsi face ces temps-ci à des situations particulièrement menaçantes.

    Dans le coin droit : le Fonds Canadien du Film et de la Vidéo Indépendant, sommé par le gouvernement fédéral et ce cher Ministre du Patrimoine, James Moore, de fermer définitivement ses portes le 31 mars prochain. La raison officielle? Le fonds, chargé d'aider à la production de films indépendants destinés à un circuit non-commercial, serait inefficace et ses résultats de performance trop peu élevés. Ce programme, 20 ans et toutes ses dents, et doté d'un fonds d'1.5 million de dollars, avait notamment aidé au financement de films comme L'errance invisible de Lise Bonenfant (programmé dans le prochain Festival de films sur les droits de la personne de Montréal), Manufacturing Dissent : Michael Moore and the media de Rick Caine et Debbie Melniyk, le magnifique Trois Rois de Katia Paradis ou encore l'imposant The Corporation signé Jennifer Abbott et Mark Achbar. Cerise sur le gâteau d'une politique toujours plus inique, le Edmonton Sun rapportait cette semaine que, malgré la demande d'aide de la directrice du fonds, Robin Jackson, l'institution allait en outre devoir sortir de sa poche déjà trouée près de 100 000$ de frais de fermeture. Quand l'insulte s'ajoute à l'injure…

    Pour ceux qui se sentirait l'âme révolutionnaire, le Fonds propose à tous d'écrire à M. Moore pour lui réclamer la poursuite du financement du FCFVI. Un modèle de lettre est même disponible ici. Pour les plus modernes, un groupe Facebook existe également. Seul hic dans ce dernier, les solutions proposées pour sauver le fonds, parmi lesquelles se lit cet encouragement : « assurer au fonds des rentrées de fonds privés afin que le FCFVI ne soit plus soumis au bon vouloir gouvernemental ». Au regard des récentes démêlées de l'Ex-Centris avec son financeur public, on nous permettra de trouver qu'il y a là matière à désaccord.

    Dans le coin droit : notre bon vieil Office National du Film. Alors même que l'ONF annonçait il y a peu la mise en ligne de son nouveau et spectaculaire site web / mine d'or pour fêter ses 70 ans, plusieurs vidéos beaucoup moins réjouissantes se sont elles mises à circuler sur le web (par exemple ici, où l'on nous invite également à écrire quelques réclamations à notre député). Réalisées par le Syndicat Canadien de la Fonction Publique et laissant la parole à Jacques Godbout, Benoît Pilon, Roger Frappier et Alanis Obomsawin, elles lèvent un coin du voile sur la situation financière désastreuse de l'Office, Godbout la classant même dans cette déprimante et nouvelle catégorie  des « institutions en voie de disparition ». À la fois incroyablement simple et éminemment complexe, la question se résume à une revendication en 3 mots : Plus de sous. Pour faire des films, bien sûr, mais aussi pour aider au fonctionnement de la machine qui, il faut bien le dire, voit depuis 15 ans ses effectifs et ses moyens fondre comme neige au soleil. Là encore, le couperet n'a pas tardé à tomber, comme le rapporte Marc-André Lussier dans La presse. «Le budget est suffisant et adéquat pour les besoins actuels de l'ONF» : voilà la réponse gouvernementale au cri d'alarme. Plus pète-sec, tu meurs.

    Alors que faire? Si, comme toujours, créateurs et cinéastes montent aux barricades eux-mêmes, souvent dans l'urgence, pour éviter à leurs bateaux, - à nos bateaux -, de chavirer et à leurs idées de se faire manger toute crue, comment résister à l'indifférence de pouvoirs publics qui semblent faire de la sourde oreille une toute nouvelle politique? Comment réussir à préserver ces fonds et ces espaces de création des contraintes de résultats, de performances et de box-office? Comment faire admettre l'idée qu'une culture en santé, c'est aussi un des piliers d'une nation saine? Là encore, 3 mots viennent en tête : résister, dénoncer, s'exclamer. Car, comme le disait Malraux, « la liberté appartient à ceux qui l'ont conquise ».

Bon cinéma

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.