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ARNOUL L'ANIMALE - par Robert Lévesque

2009-03-26

ARNOUL L’ANIMALE
 
    Françoise Arnoul est-elle morte ? Il semble que non d’après mes recherches… Françoise Arnoul c’était le plus beau minois de félin qui soit, une beauté animale née en Algérie et qui vers la fin des années cinquante fracassa le box-office français avec La Chatte puis, comme si ce n’était pas assez, avec La Chatte sort ses griffes, des films d’Henri Decoin, cinéaste mineur qui trouvait ses marques avec des Simenon. Mais Françoise Arnoul, qui fut Nini la blanchisseuse du French Cancan de Renoir, qu’est-elle devenue ? Née Françoise Gautsch en 1931, elle aurait 78 ans, elle pourrait nous jouer « La Chatte qui fait patte de velours »…
 
    Si vous ne la connaissez pas, jeunes générations, c’est que Françoise Arnoul a été coincée et écrasée comme un chien entre deux stars de calibre mordant et plus pin-up girl qu’elle, d’abord Martine Carol, née en 1920 et qui allait mourir soi-disant d’une crise cardiaque dans son bain en 1967, ensuite Brigitte Bardot, née en 1934 et encore bien vivante celle-là, un débris sur pattes, lepenniste et pro-vie de bébé phoques. Entre Martine Carol (qui au mieux a fait des Ophuls) et Bardot (qui au pire a fait des Vadim), Arnoul l’animale, que la Nouvelle vague a snobé, a disparu des écrans-radars. Olivier Barrot et Raymond Chirat, dans Noir & Blanc, 250 acteurs du cinéma français 1930-1960 (Flammarion, 2000), prétendent, en fin d’article sur celle qui débuta en 1949 dans Rendez-vous de juillet de Jacques Becker, qu’ « elle a réussi sa vie ». Ce que confirme le titre de ses souvenirs parus en 1995 : Animal doué de bonheur.
 
    Une occasion de la voir à l’œuvre en serveuse de brasserie dans une ville de province, sous le nom de Marinette Hardouin, se présente ce lundi 30 mars à 21 heures sur TFO. C’est un film de Marcel Carné, Le pays d’où je viens, cru 1956, son premier travail en couleurs, cru bouchonné en fait car c’est le Carné sans les scénarios pétillants de Prévert, les chefs-d’œuvre derrière lui, les bêtes de race aussi, en allés courir ailleurs les Jouvet, Michel Simon, Arletty… Mais ce film, qui est un conte de Noël (ça se prend bien au printemps), vaut le coup pour tout admirateur de Françoise Arnoul…
 
    Carné, c’était la ligne poétique de Prévert et les décors réalistes d’Alexandre Trauner, mais c’était aussi le doigté avec les acteurs, il les aimait, et s’il n’en avait plus de grands sous la main en 1956 (hormis notre Arnoul montante), il savait choisir les types, les caractères, les natures. Ainsi, dans ce Pays d’où je viens, se croisent autour d’Arnoul et de Gilbert Bécaud (ses débuts à l’écran à 29 ans) des comédiens du siècle précédent, le XIXème, comme Gabrielle Fontan qui fait « une dame à l’église » et qui était née en 1873, une élève de Charles Dullin qui avait fait Partie de campagne de Renoir en 1936 (la grand-mère) et qui avait été en 1937 l’une des Dames au chapeaux verts de Maurice Cloche…
 
    Le patron de la brasserie, dans laquelle Marinette connaît l’amour avec le pianiste incarné par Bécaud, c’est André Gabriello (à l’époque le nom de famille suffisait même si vous n’étiez pas connu, on disait Gabriello), un gros de nature, né en 1896, bafouilleur de service qui avait joué pour Ophuls et qui, lui aussi, avait été, allongé dans l’herbe, de la Partie de campagne chez Renoir. Il y a aussi Jean Touloup (1887-1962) qui venait du théâtre de Gémier et de Lugné-Poe, vedette du premier parlant français, un drame corse tourné en Angleterre par André Hugon, le titre était Les trois masques
 
    Seul survivant encore actif de ce désuet Pays d’où je viens, Claude Brasseur, le fils de l’autre… Tous les autres sont morts, sauf peut-être Françoise Arnoul…

Robert Lévesque

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