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WHO'S AFRAID OF THE BIG BAD WOLF? - par Robert Lévesque

2009-04-02

WHO'S AFRAID OF THE BIG BAD WOLF?
 
    Plaisanterie d’étudiant, le graffiti était gribouillé au savon sur le grand miroir qui ornait le bar en sous-sol d’un café de Greenwich Village dans la 10e rue ; il déformait la phrase d’une comptine d’un film de Disney en y intégrant, au lieu du grand méchant loup, le nom de l’écrivain Virginia Woolf – Who’s Afraid of Virginia Woolf ? – et Edward Albee, en le découvrant, eut un sourire… C’était alors un gars de 25 ans, Albee, il avait à 20 ans quitté la maison familiale qui ne l’était pas (né de parents inconnus, il avait été adopté à l’âge de 15 jours) et vivait sa bohème dans le Village, vendait des disques chez Bloomingdale, son seul bien étant une machine à écrire…
 
    Au moment d’écrire cette pièce qui allait le rendre célèbre en 1962 – une scène de ménage nocturne et alcoolisée entre un professeur d’université et sa femme légèrement plus vieille que lui qui, stérile, s’est inventée face à lui et aux autres un enfant ayant quitté la maison pour ses études… –, il se souvint du graffiti aperçu vers 1953 et au lieu d’écrire sur la page de garde du manuscrit le titre prévu « Exorcisme », il inscrivit cela qui était étrange et beau, Who’A Afraid of Virginia Woolf ?. Sa pièce n’avait rien à voir avec l’écrivain britannique mais tout avec les méchants loups de l’amour, du désarroi, de la vengeance…
 
    On le reverra ce film aux cinq Oscars, et la nuit en plus, sur ARTV à une heure du mat dans le passage du 7 au 8 avril. C’est un film qui va avec la nuit, un combat à finir qui file du soir à l’aube alors qu’Elizabeth Taylor et Richard Burton (au sommet de leur art) jouent Martha la vulgaire et George le rentré, qu’ils s’entredéchirent les nerfs, qu’ils s’arrachent le cœur, se griffent l’âme jusqu’à l’apaisement (l’enfant enfin tué, cette illusion vitale arrachée à Martha par George, George qui aime Martha et ose enfin la mise à sac du mensonge longtemps consenti ; mais l’amour entre ces deux-là demeure frémissant dans le jour qui se lève…). La pièce (créée à New York en 1962 avec les comédiens Uta Hagen et Arthur Hill, mise en scène d’Alan Schneider) était un chef-d’œuvre. L’adaptation cinématographique qui suivit, signée par Mike Nichols (c’était son premier film, il connaissait plus Broadway que le septième art), est un bon film grâce aux ingrédients psychologiques du dramaturge. Tout dans cette histoire est lié à la réussite dialogique de l’affrontement des personnages et (à l’écran) à la réussite dramatique bouleversante des deux bêtes de race qu’étaient Taylor et Burton.
 
    Tout a été dit sur ce film sorti en 1966, et j’ajouterai ce détail qui, depuis longtemps, pique ma curiosité et n’a sans doute aucune importance, mais les détails me fascinent, on y trouve parfois le diable et parfois rien, ou un rien, un rien qui devient un petit fil : les prénoms des protagonistes sont George et Martha ; ce sont ceux du premier couple présidentiel américain, George Washington et Martha Dandridge Custis. Les biographes ont signalé que, si la première First Lady avait eu deux enfants d’un premier mariage, elle n’en eut aucun avec le président. L’historiographie s’est emparée de la stérilité du premier président (réf., entre autres : George Washington’s Infertility de John K. Amory).
 
    Edward Albee, lui, dont on ne connaît pas le vrai nom, était né on ne sait de qui. Porté à la crèche, le poupon fut adopté par les Albee, un richissime couple new-yorkais dont le mari était producteur à Broadway, possédant une chaîne de théâtres de vaudeville. Edward Albee quitta sa « jeunesse dorée » en 1948 pour une bohème dédorée qui le mena au succès mondial. Il ne se maria jamais, fut peut-être heureux et n’eut jamais d’enfants. Il vient d’avoir 81 ans le 12 mars dernier.
 
Robert Lévesque

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