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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

DE L’ART DE PRENDRE LES CHOSES AU SÉRIEUX

2009-04-09

     Alors que l'ambiance était pour le moins funèbre, dimanche soir, devant l'Ex-Centris où une belle grappe de cinéphiles était venue rendre un dernier hommage à ce lieu qui nous manquera tant, une belle nouvelle nous parvenait néanmoins par les voies d'un enthousiasmant communiqué. Joyeusement, ce dernier annonçait en effet la relocalisation du cinéma Parallèle, rescapé de l'infanticide langloisien, sur le site de l'actuel métro Saint-Laurent, cet espèce de terrain vague décharné où l'on enverrait même pas un ennemi traîner ses guêtres. Tout nouveau, tout beau, le lieu que l'on nous annonce évidemment comme le top du top en la matière, participera donc du projet de revitalisation du coin, renommé Quartier des spectacles, pour créer un véritable pôle du cinéma indépendant (festivals de tout poil, la liste d'attente est ouverte) tout en abritant aussi d'autres organismes culturels, dont une école de danse. Puisqu'une bonne nouvelle ne vient jamais seule, au risque d'avoir l'air tristounette dans son panier, celle-ci s'accompagnait aussi de l'annonce d'un octroi par la ministre Christine St-Pierre d'un fonds d'urgence au Parallèle pour l'aider à assumer cette transition qui devrait être finalisée en 2011. Mille bravos et espoirs de renaissance.

    Comme la chose vous intéresse, n'essayez pas de le nier, ça vous ferait rougir, vous n'avez qu'à pointer le bout de votre nez et le reste mardi le 14 avril prochain, à 19h au Monument National. Une Assemblée publique de consultation, préalable aux consultations que la ville entamera en mai, s'y tiendra afin de discuter de la pertinence et de la viabilité du projet. Une occasion en or, donc, d'aller clamer haut et fort notre attachement à une culture cinématographique vivante et de soutenir ce projet qui a l'immense mérite, ce qui est suffisamment rare pour le souligner, de la prendre réellement au sérieux. Une vraie mobilisation est indispensable. Car n'oublions pas, nous n'aurons que le cinéma que nous méritons.

Dernière note: le Parallèle dont c'est décidemment la semaine vient de se doter d'un tout nouveau site web très fonctionnel. Au menu du http://cinemaparallele.ca: horaires, infos pratiques, bandes-annonces et tout ce qui s'en suit.
***
    L'avenir de la critique faisant partie de nos dadas, on attirera volontiers l'attention sur ce mini-événement marqué sous le sceau des signes du temps ayant secoué notre petit monde cette semaine. Par les voies toujours éclairantes du New York Times, on apprenait en effet le congédiement de Roger Friedman, chroniqueur cinéma pour le site FoxNews.com. Son crime ? Avoir publié une critique du blockbuster attendu comme le Messie X-Men Origins : Wolverine  qui prendra l'affiche le 1er mai prochain. En soi, la nouvelle fait sursauter. Pourtant, comme toujours, c'est dans les détails qu'il faut chercher le diablotin. C'est que ce film, voyez-vous, personne ne l'a vu. Personne, sauf les quelques milliers d'internautes l'ayant téléchargé illégalement, une copie de travail de la bête s'étant malicieusement faufilée dans les arcanes de ce bon vieux web. Friedman l'avouait d'ailleurs candidement dans son papier (effacé du site depuis), c'est aussi sur cette copie téléchargée (jouant très bien sur son ordinateur, précisait-il le malheureux) qu'il basait son opinion (positive, au demeurant). Ce qui n'a pas plu, mais alors pas du tout, aux actionnaires de News Corporation (propriétaires de Fox), condamnant d'une seule et même voix outrée le piratage des films et donc l'attitude irresponsable du chroniqueur. Dehors, le voleur. Sachant que 20th Century Fox fait partie des producteurs de Wolverine et qu'ils le distribueront, sachant que 20th Century Fox appartient à News Corporation et sachant que mordre la main qui nous nourrit n'a jamais été une bonne idée au royaume des multinationales, calculez l'âge du capitaine….

    En attendant, nous ne saurions trop suggérer à M. Friedman la lecture du blogue de David Bordwell. L'éminent auteur s'y penche sur l'histoire de la critique américaine, à l'occasion de la diffusion au festival du film de Hong-Kong du documentaire For the love of Movies : The Story of American Film Criticism de Gerry Peary (une curiosité sur laquelle nous poserions volontiers nos yeux). Mais il y pose aussi cette incontournable question : aimer le cinéma suffit-il à faire de quelqu'un un bon critique ? Évidemment, non, répond-t-il d'un même souffle. Et comme dans un bon cours de math, voilà même que Bordwell se fait d'une logique imparable en livrant sous nos yeux ébahis la formule magique de la critique parfaite, soit : idées (beaucoup trop rares, pour ne pas dire inexistantes à ses yeux dans la critique contemporaine) + information (contextuelle, historique, trans-artistique…)+ opinion (à ne pas confondre avec une simple évaluation)+ bon style (impregné de nuances et de lucidité). Des ingrédients que justement le web, moins contraignant en termes d'espace que les médias traditionnels, permet de développer. Dans les mots de Bordwell : « Les critiques n'ont pas à se sentir menacés par le web, car c'est là qu'ils trouveront plus d'occasion de nourrir la culture cinématographique que n'importe où avant ». À la condition, bien sûr, de ne pas faire la course à l'information et se contenter de 4 lignes pondues à la va-vite après avoir vu un film piraté.

Bon cinéma

Helen Faradji

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