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LE CRIME EST NOTRE AFFAIRE - critique de Juliette Ruer

2009-04-22

    Au début du XXIème, un réalisateur français met en scène au cinéma des romans d’Agatha Christie. Tout dans cette phrase – sauf peut être le verbe mettre en scène, et encore -  parle d’anachronisme.  Et  pourtant, ça marche. Nés sous la plume d’Agatha Christie, Prudence et Bélisaire Beresford sont donc mis en scène pour la seconde fois par Pascal Thomas, sous les traits de Catherine Frot et d’André Dussollier. Trois ans après Mon petit doigt m’a dit, voici Le crime est notre affaire, d’après Partners in Crime, publié en 1929.

    Le couple Beresford, ayant appartenu aux services secrets, sont en effet les acteurs d’un délicieux retour en arrière. Avec eux, on a l’impression de dénicher un bouquin des éditions du Masque, un Agatha Christie de bibliothèque de vacances qui aurait été lu mille fois et qui serait peu mangé par l’humidité. Le genre qui nous détourne du sérieux. On devait vaquer à plus utile, mais ce livre nous attend. On s’assoit, on feuillette et on embarque. Et tant pis pour le reste, il faudra aller jusqu’au bout et deviner l’assassin avant le dénouement.  Grâce au film, le sentiment est identique. On embarque avec facilité et délice, avec la très légère gêne de se dire qu’on aurait mieux à faire. .. Pascal Thomas, aussi réalisateur de La Dilettante et de Les maris, les femmes, les amants, aime la légèreté par dessus tout; un trait de caractère qui allait de soi, à une certaine époque du cinéma français, couplé au charme d’un De Broca, à la sensualité d’un Louis Malle ou à la fougue sincère d’un Truffaut. De nos jours, Pascal Thomas est un peu seul à faire son numéro. Sans être particulièrement talentueux, il a cependant trouvé le ton juste et les acteurs pour cet amusement d’une autre époque. Comble de bizarrerie à l’heure de la raillerie, sa légèreté est sans malice.

    Entre rose et noir (il y a crime tout de même), dans cette comédie policière british décalée en France, fantaisie désuète à l’heure des cellulaires, deux espions à la retraite qui s’ennuient un peu embarquent à l’instinct dans une sombre histoire de famille.  Prudence et Bélisaire ne se comportent pas comme des adultes (grands-parents indignes !), mais comme des gamins qui badinent avec le présent; ils vivent sans attaches et avec style, dans un monde où rouler en décapotable en plein hiver requiert une toque de vison élégantissime. Amants qui gloussent sous les draps, ils sont souvent pris le verre à la main et le mot d’esprit aux lèvres. Dans ce registre, Dussollier et Frot font merveille. Et l’on s’ennuie d’eux quand ils ne sont pas dans la scène.

    Il y a du monde autour pourtant. Christian Vadim, Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni, Hippolyte Girardot et même Annie Cordy, tous ont un registre simple sur l’échiquier; et ils  jouent sans déraper. Celui qui trône en chef de famille sur ce grand delirium ne pouvait être que Claude Rich; rôle qu’il sait camper à merveille et dont il maîtrise les ficelles depuis Les Tontons Flingueurs en 63.

    Alors, il faut se laisser aller dans cet absurde quotidien qui n’a rien d’actuel, mais qui est pourtant si familier. Quand on baille un peu dans certaines scènes, zones de remplissage à indices ou à élaboration d’un caractère; on se surprend à faire la même chose que durant la lecture : si nos yeux regardent, l’esprit lui est déjà en analyse, en train de chercher qui a tué Mademoiselle Rose avec le chandelier, dans le grand salon…

Juliette Ruer

La recett

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