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MUSTANGS SACRÉS - par Robert Lévesque.

2009-05-07

    Les acteurs ont eu moins de chance que les chevaux dans cette histoire de survie des légendaires mustangs, la race fougueuse qui avait tiré les chariots des pionniers de l'Amérique conquérante. Le dramaturge Arthur Miller avait écrit le scénario de The Misfits (ou Les désaxés) pour John Huston, et c'est devenu un film mythique pour une autre raison que l'édifiante défense de ces bêtes car, au-delà du tournage qui donna lieu à un cirque médiatique (la presse subodorait la fin du couple Marilyn-Miller, la star quitta le plateau à quelques reprises), ce film en noir et blanc fut le dernier de deux monstres sacrés, Clark Gable et Marilyn Monroe, et l'un des derniers d'un acteur non moins légendaire, Montgomery Clift, usé par la drogue et l'alcool. Un cimetière, ce film.
 
    Marilyn, qui se tenait sur le Nembutal (comme Genet), se suicidera un an après ce tournage particulièrement pénible, à 36 ans. Monty Clift aura le temps de tourner tant bien que mal le film suivant de Huston, Freud, passions secrètes, interprétant le psychanalyste dans un état second, avec une tumeur de la thyroïde et incapable de mémoriser son texte, à tel point qu'on songea à le remplacer par Eli Wallach. Il crève à 46 ans. Pour Gable, ce fut plus expéditif et bucolique : une crise cardiaque à 59 ans lors d'une excursion de pêche, douze jours après le dernier tour de manivelle.
 
    Gable, qui avait enfin trouvé un rôle subtil le changeant de ses mâles puissants et de son aura de « king » d'Hollywood, y jouait Gay Langland, un cow-boy indépendant, solitaire, qui soudain trouvait en Roslyn Taber (Marilyn) une femme capiteuse et idéaliste qui allait le convaincre que sa chasse aux derniers mustangs (pour une société qui les transforme en aliments pour chiens) est un boulot dégueulasse. Et Huston, qui ne pouvait prévoir (mais peut-être pressentir) l'hécatombe qui frapperait sa distribution de haut niveau, s'attela à faire de ce film une réflexion sur la vie, et toute réflexion sur la vie en est forcément une sur la mort…
 
    Après s'être reconnus, heurtés, affrontés, le rembruni cow-boy Gay Langland dira à l'enivrante divorcée Roslyn Taber (et ces deux-là, Gable et Monroe, sont purement magnifiques d'une langueur fleurant le désespoir) cette phrase écrite par Arthur Miller (et on peut l'imaginer sans se tromper) pour que l'entende sa femme Marilyn Monroe : « La mort nous guette tous. Ceux qui la craignent, craignent de vivre ».
 
    Les mustangs seront donc épargnés, momentanément, mais les monstres sacrés, les mustangs sacrés qu'étaient Gable, Monroe et Monty Clift ne survivront pas. Le cinéma, alors, achevait bien les chevaux de race…
 
    Tourné à Reno et à Dayton l'été et l'automne 1960, avec une Marilyn qui, revenant de cures forcées pour qu'on la déshabitue des barbituriques, n'aura jamais été aussi belle, et ce film (tous les coûts largement dépassés) est un rare exemple de « film maudit », au parfum de sable... On le regarde à Télé Québec le 11 mai à 21 heures.
 

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