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Films de la semaine

TYSON - critique d'Helen Faradji

2009-05-07

QUAND J’SERAI K.O.

    De Mike Tyson, on connaît surtout le pire. Les accusations de viol, les oreilles croquées un soir de combat contre Evander Holyfield, la relation de soap-opera avec Robin Givens, les 3 ans de prison, les tatoos, les dents en or… Un tout qui a même tendance à éclipser l’essentiel : Mike Tyson est avant tout une formidable machine à boxer. Un animal dressé pour gagner. Un champion d’exception. Le plus jeune champion du monde poids-lourds dont la dextérité, la vitesse et la précision restent encore aujourd’hui des modèles.

    L’œilleton admiratif, c’est ce champion que filme James Toback (Fingers) dans Tyson. Pas l’attraction de foire, mais le héros fondamentalement tragique, monté trop haut, descendu trop vite. Le héros que ses propres démons ont fait tomber de son piédestal. L’homme qui par sa propre faute a tout perdu : ses millions, sa femme, sa dignité. Le regard du cinéaste a beau déborder de tendresse, il n’essaie pas de tricher. Oui, Tyson a connu plus de bas que de hauts. Oui, Tyson a déçu. Mais dans Tyson, il le dit lui-même, sans faux-semblants, sans complaisance. La caméra le regarde, le cinéaste l’écoute, le grand confessionnal est ouvert. C’est que Toback et Tyson se connaissent bien. Ami depuis 1985, Toback l’avait même fait jouer dans ses Black and White et When Will I be Loved. Les mémoires, il faut bien le reconnaître, n’avaient pas été marquées.

    Mais dans Tyson, le cinéaste passe avant l’ami. Ou plus exactement, il transforme leur amitié en vrai sujet de cinéma. Au point même que très vite, la réalité et la fiction se confondent. Sommes-nous en train d’assister à une psychothérapie en directe, aussi franche que candide? Ou regardons-nous le film fictionnalisé d’une vie directement inspirée de la série des Rocky. Car tout y est : l’enfance difficile dans les quartiers de Brooklyn, le vieil entraîneur qui cassera sa pipe trop tôt, l’argent et la gloire qui montent à la tête…Stallone, Tyson…qui imite qui? La confusion devient hypnotisante.  Tout y est donc, avec ce supplément d’âme étonnant que donne l’ancien boxeur lui-même en commentant tous les grands moments de sa vie et de sa carrière avec une sincérité parfois drôle, dans tous les cas désarmante. Son agressivité? Le résultat d’un véritable complexe d’infériorité. Son talon d’Achille? Son hyper-sensibilité. Tyson ne cherche aucune excuse, chaque erreur est assumée. Un Rocky revu à la sauce de la télé-réalité, si on veut, mais une télé-réalité débarrassée de son voyeurisme.

    Monté avec l’énergie d’un boxeur donnant tout dans les dernières secondes du round, multipliant les split-screens et les surimpressions avec le dynamisme d’un athlète à l’entraînement, Tyson observe donc les failles, les pleurs et les regrets du grand champion pour dresser le portrait introspectif et droit d’un homme beaucoup plus complexe que les médias ont bien voulu nous le présenter, capable de tirer leçon de ses erreurs avec un recul surprenant et enfin d’être en paix avec qui il est. « Old too soon, smart too late » avouera-t-il dans un zozotement émouvant…C’est aussi ça, la marque des champions.

Helen Faradji

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