Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

SURPRISE!

2009-05-14

         « Un film de cinéma, c'est une parenthèse dans l'existence. Une parenthèse qui, quand elle se referme, ouvre sur la vie ». Pascal Mérigeau, Cinéma : autopsie d'un meurtre

    30 ans. En ces temps de tempête dans le petit monde médiatique, il y a quand même de quoi se péter les bretelles. 24 Images existe depuis 30 ans. Avec des hauts et des bas, peut-être, mais le fort est tenu. 30 ans à défendre le cinéma. 30 ans de coups de cœur et de coups de gueule. 30 ans à vibrer, sans se blaser, au rythme des kilomètres de pellicules qui nous sont passés sous les yeux.

    Depuis quelques temps, la question nous turlupinait : comment fêter ce vénérable anniversaire dignement? Comme toujours, la réponse était la plus simple possible. Au cours d'une joyeuse réunion du comité de rédaction, elle fusa, toute droite, sans fioritures, ni flafla : et si, au lieu de se taper dans le dos, on en profitait pour se faire plaisir? Et si, tout bêtement, on fêtait ce qui nous anime depuis 30 ans. Et si, tout nettement, on disait "je t'aime" au cinéma.

    Le résultat, vous le découvrirez dès demain en kiosques, accompagné de son DVD si vous avez eu la bonne idée de vous abonner (on ne vous le répétera jamais assez, c'est vraiment une bonne idée). Un numéro spécial amour du cinéma où tous les collaborateurs de la revue, aidés d'artistes que l'on aime, s'en sont donnés à cœur joie. À sentiment exceptionnel, déclaration exceptionnelle. De l'amour, encore de l'amour et toujours de l'amour, y'a que ça de vrai.

    Mais les choses ne pouvaient pas en rester là. Quand on aime, on ne compte pas, disait l'autre. Et nous non plus ne voulions pas nous ménager. Nouvelle grille graphique, plus pure, plus éloquente pour la revue. Pour le site web et votre hebdo, aussi, on n'allait quand même pas se priver. Mais surtout, ce projet qui nous fait battre le cœur, qui nous enthousiasme plus que de raison : la fête du cinéma. 24 heures de cinéma juste pour vous, mitonnées comme on prépare un bon petit plat. Une journée entière d'images à partager, autour desquelles nous vous invitons à échanger. Organisée en collaboration avec la Cinémathèque québécoise et son coffre aux mille trésors, la fête aura lieu du 20 juin, 10h au 21 juin, 10h prochain, avec un seul objectif : célébrer ensemble cet amour du cinéma que nous défendons. Le rendez-vous est pris. Pour les détails, c'est ici.

    En l'attendant, piaffant comme de petits poulains, reste néanmoins une petite envie : celle de dire, ici et maintenant, au cinéma pourquoi on l'aime. Pourquoi l'on peut endosser sans honte cette maxime de Godard : « Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d'autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout ». Mais comment trouver les mots justes? Comment précisément expliquer ce qui, dans le cinéma, nous donne envie de nous lever chaque matin, la conviction chevillée au corps, que le film que l'on découvrira ce jour-là nous bouleversera? Il n'y a rien de plus flou. Rien de plus intime, non plus. Essayons tout de même.

    J'aime le cinéma pour le noir dans lequel on plonge 2 minutes avant le début du film et dans lequel il y a déjà du suspense. J'aime le cinéma parce qu'il m'a déjà fait faire le tour du monde 20 fois. J'aime le cinéma pour y avoir vécu les passions les plus intenses, les tragédies les plus poignantes, les émotions les plus vibrantes. J'aime sortir d'une salle de cinéma sans ne plus trop savoir où je me trouve. J'aime me perdre dans un film. J'aime le silence habité que l'on entend dans une salle où un film a fait vivre quelque chose de pur à une foule. J'aime les regards rapides, timides et complices, que l'on jette à son voisin en se levant, à la fin du générique. J'aime les salles remplies d'enfants où l'on crie, où l'on piaille au moindre rebondissement. J'aime m'asseoir près de la salle de projection et entendre le cliquetis de la machinerie. J'aime fermer les yeux, quelques secondes, devant un film et l'absorber autrement. J'aime que les films me donnent l'impression qu'ils ont été écrits pour moi mais j'aime aussi ceux qui me bousculent, qui ne font qu'une bouchée de mes certitudes. J'aime les films quand on ne peut pas les classer, quand ils nous forcent à réfléchir mais j'aime aussi les films-pantoufles dont chaque recoin est rassurant. J'aime faire partie de la conversation qu'instaure un film entre lui et le monde. J'aime l'espace qui se crée autour des films et dans lequel il fait bon discuter et échanger, comme au coin du feu. J'aime croire que le cinéma peut changer le monde sans pourtant me faire aucune illusion. J'aime me donner le droit d'exiger du cinéma autant que d'un amant. En un mot comme en cent, j'aime aimer le cinéma.

    Pour ces raisons et mille autres encore, je vous le dis comme chaque semaine et peut-être plus sincèrement que jamais, bon cinéma

Helen Faradji

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