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EN DIRECT DE CANNES 1 - par Philippe Gajan

2009-05-15

    Bon alors, crise ou pas crise ? Grippe A ou pas grippe A ? Dans l'attente de réponses plus ou moins définitives, Cannes n'a jamais semblé paradoxalement aussi sereine. La faute au cinéma qui s'est invité en force cette année et qui plus est dans toute les sections. Moins de films américains, moins de stars donc. Par conséquent, des discussions qui en oublient pour l'instant de proclamer un vainqueur (le fameux jeu du pronostic, jeu favori du festivalier avant même le début des hostilités) mais qui se consacrent aux films.

    Jusqu'à l'ouverture qui donnait le ton ! Certes Up est un film de studio, un film d'animation des studios Disney pour tout dire. Mais d'une part, ce ne sont pas vraiment de grandes vedettes qui furent utilisées pour les voix (hormis Aznavour pour la version française) et d'autre part, un Pixar en ouverture c'est plutôt sympathique. Et avec des lunettes 3D, c'est encore plus rigolo, surtout dans le contexte très particulier d'une soirée d'ouverture cannoise peuplée de pingouins et de robes de soirée.

    Un mot sur le film qui n'est pas mal, très cartoon pour un Pixar, pas franchement irrévérencieux mais suffisamment décalé pour paraître suspect aux yeux des ayatollahs du marketing hollywoodiens (après tout nos deux héros sont un vieux grincheux et un gamin obèse...). De plus on peut faire confiance à John Lasseter et à Pixar pour aborder sérieusement la question du relief. D'une certaine manière Up va constituer pour quelque temps l'étalon de référence pour les futurs productions 3D. 2009, c'est l'an zéro du cinéma 3D et Cannes l'a fêté à sa manière. En attendant James Cameron pour la fin de l'année...

    Mais le véritable premier événement cette année à Cannes, nous arrivait en provenance de la Quinzaine, là aussi une nouveauté. Francis Ford Coppola ouvrait la section avec son nouveau film, Tetro. Un film présenté comme une cure de jouvence par le Maestro, comme un retour au source et pour célébrer un cinéma sans contrainte. De fait, à son âge on ne se refait pas complètement, et le film fleure bon le Coppola, on pense à Rumble Fish (l'histoire d'un frère qui idolâtre l'autre, le noir et blanc classique et d'une suprême élégance, simplement troué de ci de là  par quelques séquences en couleur), on pense bien sûr au Parrain. Mais ici, cette histoire d'une famille qui se déchire, d'un patriarche démesuré et habité par le mal, des atavismes, des rivalités et autres malédictions ne se résolvent pas en assassinats et autres épisodes sanglants. Ici, nous sommes dans l'Argentine de Borges et du tango, la famille est une famille d'artistes (musiciens et écrivains) et si Tetro n'a pas la démesure géniale d'un Apocalypse Now, il n'en reste pas moins que dans sa façon de dépeindre des êtres et des trajectoires hors du commun, le dernier film de Coppola est un vrai moment de cinéma. Et le voir détendu sur la scène du Palais Stéphanie répondre avec assurance et précision à toutes les questions des journalistes-fans était un vrai bonheur. Vincent Gallo, décidément un grand acteur, n'était pas encore arrivé.

     Quand à mon premier coup de coeur, il va sans hésiter au film d'ouverture de la section Un certain regard, No One Knows About Persian Cats (On ne sait rien des chats persans) de Bahman Ghobadi. Le cinéaste kurde de Un temps pour l'ivresse des chevaux (2000) et de Les Tortues volent aussi (2004) nous revient avec  une fiction documentaire sur la musique underground à Téhéran, une plongée urgente et hallucinante dans une ville à la fois marquée par un régime de terreur et par une soif de liberté incroyable. Le film est probablement le plus contemporain et le plus juste qu'il nous aura été donné de voir sur la capitale iranienne. Tourné en clandestinité, avec des acteurs non professionnels pour la plupart, présenté comme une thérapie personnelle du cinéaste déprimé par les refus des autorités qui l'empêchaient de poursuivre son métier, le film est d'une vitalité et d'une dignité qui forcent le respect.

La phrase du jour : « Dans  mon film, tout est inventé... Mais tout est vrai » - Francis Ford Coppola


Philippe Gajan

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