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EN DIRECT DE CANNES 2 - par Jacques Kermabon.

2009-05-16

IL A PLU SUR LA CROISETTE

    À Cannes - mais sans doute peut-on transposer le distinguo sous d'autres latitudes - il y a deux catégories de festivaliers: les imprévoyants qui croient au soleil permanent et les autres qui ont envisagé la pluie possible. Parmi ces derniers la condition humaine se scinde une nouvelle fois entre les adeptes du parapluie et ceux qui sont plutôt ciré ou K-Way. Comment dès lors critiquer le syndrome du consensus mou?

    Mais il n'y a pas que la pluie, cette année, les premiers films aussi clivent. Certains clament haut et fort que le Coppola, Tetro, les bouleverse, d'autres - j'en suis - se trouvent peinés de n'y  voir que le ratage d'un scénario lesté aux effluves autobiographiques, réalisation propice à méditer sur la frontière qui sépare les tragédies œdipiennes - si ce n'est pas un pléonasme -  des mélodrames recyclés par les telenovelas. Palme de la découverte néanmoins pour, dans le rôle du jeune "frère" de Vincent Gallo,  Alden Ehrenreich, une gueule à la Leonardo DiCaprio.

    Avec Bright Star, fresque intimiste et romantique d'un amour indéfiniment naissant de Keats - oui, le poète -, Jane Campion partage aussi, entre ceux que le film laisse de marbre ou dont la beauté visuelle agace et ceux qui sont sensibles aux infimes vibrations d'une passion dévorante et de désirs tendus à l'extrême. Il y a même ceux - dont moi, ai-je raison de le confesser ? - incapables de retenir leurs larmes devant cette Love Story irriguée par les textes et lettres du poète, rythmée par les couleurs et les lumières des saisons et habitée de nobles sentiments.

    À la Quinzaine des réalisateurs, Ne change rien, le nouveau film de Pedro Costa se penche sur le travail de la chanteuse Jeanne Balibar. On sait maintenant que l'actrice à l'étrange présence magnétique chante. Pedro Costa l'a suivie pendant des enregistrements de disque, des répétitions de spectacle, à l'occasion de cours de chant. Je songeais à La solitude du chanteur de fond, le film de Chris Marker sur Montand au travail. Marker, par l'entremise d'une caméra souple et d'un montage ciselé, raccourcissait le temps. Costa, lui, le distend, plantant sa caméra longuement dans la pénombre, nous laissant face au labeur à l'œuvre, à la fois répétitif et fascinant, trivial et sublime, magnifié par un noir et blanc dans lequel les contours se noient parfois dans le mouvement d'ombres indistinctes.

    Le soir, Arte, la chaîne culturelle, mais aussi l'éditrice de dvd, fêtait sur son bateau le succès du coffret de l'intégrale Jacques Demy. Les quatre mille exemplaires sont en passe d'être épuisés. Que ceux qui n'en ont pas encore fait encore l'acquisition se rassurent, un nouveau pressage est programmé.
Je ne suis pas resté tard, je devais rentrer pour écrire ces quelques lignes. Il pleuvait encore. Heureusement, entre temps j'avais acheté un parapluie.

Jacques Kermabon

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