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EN DIRECT DE CANNES 3 - par Philippe Gajan

2009-05-17

UN TAÏWAINAIS À WOODTSOCK ET 3 CORÉENS SUR LA CROISETTE

    Bon d'accord, il y a effectivement moins de monde, moins de stars, moins de fêtes. Mais les salles sont pleines. Et les films succèdent aux films à toute vitesse. Bref, l'orgie n'en est pas moins satisfaisante. Monica Bellucci et Sophie Marceau vont fouler les marches à l'heure où j'écris. Mais la rumeur n'est pas bonne pour le nouveau film de Marina de Van, Ne te retourne pas. Alors...

    Foin des rumeurs, place au cinéma. Place donc à Taking Woodstock, le nouveau Ang Lee, le plus Taïwanais des cinéastes Hollywoodiens ou encore le plus Hollywoodien des cinéastes Taïwanais, nous amène du côté de Woodstock, en direct pourrait-on presque dire des préparatifs du plus célèbre des concerts de l'histoire. On pense immédiatement à Ice Storm. Bonne nouvelle donc, puisque ce dernier était sans doute le meilleur film du cinéaste jusqu'à présent. Ang Lee a un talent presque unique pour se situer exactement au carrefour de l'Histoire. Ice Storm faisait la chronique du passage des années 1970 aux années 1980. Woodstock est un autre passage dont l'Amérique ne se relèvera pas. Et Ang Lee, par le privilège que lui confère peut-être le fait d'être étranger, restitue le moment comme le symbole avec une précision, une humilité et une économie à nul autre pareil. Pour tout dire, son acteur principal, Demetri Martin, semble être le double du Dustin Hoffman de The Graduate. En convoquant jusqu'au cinéma de l'époque, Ang Lee réussit son pari qui consiste à nous forcer à mesurer la distance qui nous sépare de ces événements.

    Dans un registre totalement différent, le nouveau film de Hong Sangsoo, Like You Know it All, présenté à la Quinzaine, semble prendre le contrepied de l'œuvre du grand cinéaste coréen. Plus proche d'un exercice d'auto-dérision, désopilant par moments mais plus souvent amer qu'à son tour, le film raconte quelques jours dans la vie d'un cinéaste de films d'auteur. Comme d'habitude chez Hong Sangsoo, on boit, on fume, on mange et on s'envoie paître. Par contre, au contraire de d'habitude, c'est rapide, relâché et presque léger quoique très méchant.

    Pour rester dans le registre coréen, Mother permet à Bong Joon Ho de passer du film de monstre (The Host) au polar. Et c'est tout aussi réussi. La mère courage qui fait des pieds et des mains pour innocenter son fils un brin idiot, restera sans doute au panthéon des personnages les plus marquants de cette édition. C'est splendide, maîtrisé et cela se permet de jouer au détour avec les codes du genre.

    Tant qu'à faire, finissons en réglant le compte du troisième coréen. Park Chan-Wook s'essayait quant à lui au film de vampire avec Thirst, ceci est mon sang... Et, à mon avis, il n'a pas réussi à renouveler le genre s'empêtrant même dans d'inutiles variations.

    Bon alors, pour l'instant Jane Campion tient la corde et je laisse à Jacques Kermabon le soin de vous parler du Prophète de Jacques Audiard.

Phrase du jour : « La littérature regarde d'où elle vient, le cinéma regarde où il va. L'écrivain ne peut pas écrire sans que quelque chose soit déjà advenu, le cinéaste anticipe l'éventualité d'un événement. L'écrivain écrit, le cinéaste planifie. » - Christophe Honoré dans Le Monde à propos d'adaptation.

Philippe Gajan

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