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EN  DIRECT DE CANNES 5 - par Philippe Gajan

2009-05-19

    Gilles Jacob a eu ce mot en début de Festival. De mémoire, il disait à peu près ceci : « Et si le cinéma que nous connaissons arrivait en fin de cycle ? Que se passerait-il si le cycle suivant n'était pas encore prêt. » À mi parcours, cette phrase semble plus que prémonitoire et s'applique à toutes les sections. On a déjà noté la présence importante des films de genres (dernier en date, le film d'horreur de Lars von Trier, Antichrist) et des comédies (Ken Loach, qui l'eût cru, à l'aise comme un poisson dans l'eau dans la comédie prolo Looking For Eric, nous y revenons tout de suite). Le corolaire est la raréfaction, pour ne pas dire la menace d'extinction des films dit d'auteur souvent mal nommés films de festivals. En bref, on est en attente de propositions radicales qui feraient preuve à la fois d'originalité et d'esprit d'aventure ou, pour le moins, de recherche. Pedro Costa doit se sentir bien seul pour l'instant, avec peut-être les cinéastes philippins Brillante Mendoza (Kinatay, gonflé mais pénible) ou Raya Martin (Independencia). Et on se prend à rêver qu'à la place de l'académisme boursouflé de Pavel Longuine (Tzar, sur Ivan le terrible), on ait pu admirer un Sokurov par exemple.

    Ceci dit, ne boudons pas notre plaisir. Looking For Eric est proprement jubilatoire. De mémoire, je n'avais jamais entendu l'immense Théâtre Lumière crouler de rire à ce point. Looking For Eric, c'est un peu comme si Full Monty croisait JCVD. À la place des stripteaseurs du premier, des supporters du club de soccer Manchester United. À la place de l' inénarrable Van Damme, le non moins inénarrable Éric Cantona (footballeur star, euh... demi-dieu!) du club anglais le plus prestigieux. On savait Loach capable de traits d'humour, mais ici c'est un feu roulant. Et dire que le projet vient de Cantona. Et dire que même pour des béotiens en science footballistique, le film fonctionne. Désormais, plus personne ne pourra ignorer  le pourquoi et le comment de la religion foot en Angleterre.

    Évidemment, on l'attendait avec impatience. Xavier Dolan, le jeune cinéaste québécois, présentait son J'ai tué ma mère à la Quinzaine des réalisateurs. Le film était précédé des rumeurs les plus élogieuses, pas forcément évidentes à porter, type "le Rimbaud du Québec". D'emblée, sur scène, il faisait preuve d'une assurance et d'une maîtrise impressionnante. Malheureusement, s'il faut lui reconnaître un réel talent d'écriture, et à cet égard la scène où la mère (jouée par Anne Dorval) se déchaîne contre le principal du pensionnat où est placé son fils est saisissante, le film est beaucoup trop narcissique, comme en démonstration constante. Émaillé de citations apparemment gratuites (Les 400 coups, In The Mood For Love, ...), J'ai tué ma mère  multiplie les références. On pense à Tarnation, à À tout prendre, mais hélas, le film reste lové sur lui-même, à aucun moment il ne parvient à rebondir sur les enjeux plus universels qu'il ne fait qu'effleurer (adolescence-homosexualité-monoparentalité). On aimerait qu'un tel talent se déploie justement sur autre chose que lui-même. Ceci dit, Xavier Dolan n'en a pas moins récolté une ovation appuyée, notamment de la part de la colonie québécoise au grand complet qui semblait avoir trouvée là un nouveau prodige à la Lauzon. À suivre...

Phrase du jour : « Les mouettes suivent les chalutiers car elles savent qu'elles récupéreront des sardines. » - Éric Cantona, bien sûr. Qui d'autre ?

Et les pronostics ? Qui détrônera désormais Audiard !

Philippe Gajan

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