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Plateau-télé

MES CHÈRES LOLA - par Robert Lévesque

2009-05-21

    Au cinéma, des « Lola », pour les plus mémorables d'entre elles, j'en connais au moins quatre, une française, une autrichienne et deux allemandes ; autrement dit mes Lola les plus chères sont là, soudain, dans le désordre de leurs apparitions à l'écran de mes souvenirs, Anouk Aimée, Martine Carol, Barbara Sukowa, Marlene Dietrich, inoubliables incarnations d'une chanteuse nantaise, d'une comtesse déchue, d'une pute soumise, d'une strip-teaseuse de province. Pourquoi dans cet ordre ? Je ne sais pas… Ou plutôt si, je sais… et ça n'a rien de cinéphilique, c'est avec Anouk Aimée qu'en rêve j'aimerais partir, filer en Cadillac de Nantes à Cherbourg, la caméra de Raoul Coutard à nos trousses…
 
    Lorsque avec la si envoûtante Anouk Aimée il tourna sa Lola en 1960, son tout premier long métrage, Jacques Demy dédiait son film à Max Ophuls dont la Lola Montes, apparue cinq ans plus tôt sous les traits de Martine Carol mais dans une version charcutée au  montage par les producteurs, avait été le tout dernier film. Un premier film, un dernier film, deux Lola. Celle d'Ophuls, qui aura attendue 13 ans avant d'être rééditée dans sa version intégrale (11 ans après la mort de son auteur), était l'histoire d'une déchéance ; celle de Demy, l'histoire d'une retrouvaille. Sad end, happy end, ces films sublimes sont des bonheurs pour les happy few
 
    La Sukowa, elle, c'est pour Rainer Werner Fassbinder qu'elle fût une Lola (Lola, une femme allemande) en 1981, tournage bouclé tout juste un an avant que ne crève d'abus en tous genres le génial épouvantail de l'après-guerre né en 1945 dans les décombres de l'Allemagne (« dans le dos les ruines de l'Europe », comme l'écrit Heiner Müller dans Hamlet-Machine) ; autres Lola, autres mœurs, et, je me demande : est-ce un happy ou un sad end que cette Lola qui passe de la maison close à la maison bourgeoise… ? La Lola de Fassbinder relayait celle romanesque d'Heinrich Mann (Professor Unrat) et conséquemment cinématographique de Josef von Stenberg (L'ange bleu) qui, rappelons-nous, sous les traits et dans les jambes autoritairement érotiques de la Marlene Dietrich de 29 ans, s'appelait Lola-Lola, doublement Lola, une Lola double comme un scotch…
 
    Mais de toutes ces Lola, pour l'instant, c'est l'Autrichienne, celle de Max Ophuls, qu'on se tapera à la télé, ce lundi 25 mai sur TFO à 21 heures. Celle de Martine Carol. En brune. Autrichienne ? Le modèle du personnage, pris par Ophuls dans la réalité (Maria Dolores Eliza Gilbert, dite Lola Montes ou Montez, née à Limerick en 1818, morte à New York en 1861), était une aventurière irlandaise qui s'était fait une célébrité en tant que danseuse espagnole. Maîtresse de Louis 1er de Bavière, celui-ci l'avait fait comtesse, ce qui déclencha une révolution qui allait lui coûter son trône.
 
    Chez Ophuls, cette Lola-là est supposée être, si l'on croit l'écuyer qui la présente à la foule, une ancienne comtesse viennoise qui aurait couché avec Liszt et beaucoup d'autres et qui, après avoir fait tourner bien des têtes européennes, s'est ramassée sous ce chapiteau rococo du côté de La Nouvelle-Orléans, attraction sulfureuse du Cirque Mammouth à qui l'on demande à tous les soirs de raconter sa vie. Et ça finit mal. Mais je vous laisse avec ce plaisir…
 
Robert Lévesque

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