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TRUE BLOOD - critique d'Helen Faradji

2009-05-21

SANG FRAIS

    C’est un peu comme si Tennessee Williams rencontrait John Carpenter. Ou que la Lolita de Nabokov se perdait dans l’univers de Twilight, mais un Twilight adulte et dense. True Blood, nouvelle série née de la cuisse d’Alan Ball, décidemment pas loin du génie, c’est tout ça et plus encore.

    Les données sont celles d’un univers pop déjà balisé, mais réinventé dans chaque épisode (la série en compte 12, trop peu) : Sookie (Anna Paquin, des X-Men, d’une lascivité et d’une pureté imbriquées envoûtantes), jeune vierge blonde et affolante, travaille comme serveuse dans un bar paumé au fond des bayous louisianais. Elle est télépathe. Nous sommes aujourd’hui, mais un aujourd’hui dans lequel les vampires font désormais partie de la société. Quelques-uns, en tout cas. Ceux qui veulent s’intégrer, et pour lesquels une charte de droits est en voie d’être adoptée. Ceux-là ont même droit à une boisson de sang artificiel pour se rassasier. En restent d’autres, plus cruels, plus sadiques, qui refusent d’être considéré comme les égaux des humains. Eux veulent leur chair fraîche.

    La ligne de True Blood est claire : le communautarisme est dangereux pour l’humanité. Mais le vivre ensemble est peut-être encore plus problématique. Comment marier sa marginalité à l’ensemble? La question est exactement la même que celle que posait déjà l’autre merveille de Ball, Six Feet Under. Les points de correspondance ne s’arrêtent d’ailleurs pas là : l’obsession pour le sang, la fascination pour la mort, l’attirance presque animale pour le sexe…. Le créateur a de la suite dans les idées, mais parvient pourtant à irriguer ce nouveau monde sans jamais se répéter. C’est que cette fois, Ball s’est transporté dans l’univers fantastico-gore. Peut-être un des plus casse-gueule qui soient. Un de ceux sur lequel le cinéma s’est cassé les dents, le laissant au mieux moribond, au pire complètement éculé. Et voilà la télé qui, dans un nouveau soufflet, vient donner des leçons de savoir-vivre au 7e art, se payant même le luxe de faire se suivre temporellement les épisodes de True Blood, comme dans un film géant. Le genre n’était pas mort, il fallait simplement le revitaliser. Lui faire confiance.

    Et comment True Blood s’y prend? D’abord, en le plongeant dans un monde white-trash, où les accents du sud sont aussi épais que les marécages alentours, pour mieux pouvoir fustiger la tentation américaine du tout-voyeurisme, qui se repaît comme un monstre du spectacle de la mort et de la souffrance en se vautrant dans ses bas instincts. Pour en tirer, ensuite, un degré de sensualité rarement atteint. Thanatos et Éros sont de chaque plan de cette série, mêlant intimement innocence et perversion dans une danse visuelle à 10 particulièrement troublante. Sous-tendue par un véritable plaidoyer pour l’intégration et malgré quelques passages narrativement complaisants, la série est avant tout affaire de pulsions. Doit-on y succomber, y résister? Les dilemmes moraux de chaque personnage, derrière lesquels on sent sans cesse l’implication totale et absolue d’un scénariste, sont captivants. Leurs allures indolentes, mi-proies mi-prédateurs, comme si la chaleur moite de la Louisiane empesait chaque geste, tout autant. Décidément, le monde de l’image avait bien besoin de ce sang frais.

Helen Faradji

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