Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

CANNES, LA MUSE

2009-05-21

    Jusqu’ici, tout va bien. Les 3 films québécois présentés à la Quinzaine des Réalisateurs ont été bien accueilli, la fête semble battre son plein et dimanche prochain, nous saurons si Jacques Audiard et son Prophète, le chouchou de la Croisette à l’heure d’écrire ces lignes, fera gagner à la France sa seconde palme d’or consécutive (les coqs sont nourris, les cocoricos tout prêts à retentir) et/ou si une caméra d’or ferait vraiment joli à côté d’une fleur de lis. En attendant ces moments que l’on espère évidemment mémorables, une constatation : vivre Cannes en direct de son salon, il n’y a rien de plus triste. Pour se consoler et se couvrir de paillettes par procuration, petit top 5 des meilleures évocations de la flamboyante.

   *La mauvaise vie, la suite… par Frédéric Mitterand (Pocket, 2008). Suite, comme son nom l’indique, d’un premier ouvrage de ce réalisateur, acteur, animateur, accessoirement neveu d’un certain président de la République française, cette biographie sélective évoque les souvenirs de président d’un jury d’enseignants de son auteur lors du Cannes 2006. De l’ouverture assurée par le Da Vinci CodeQuand je pense à tout le mal qu’il faut se donner pour faire un film, je suis a priori le meilleur public possible toujours prêt à trouver des qualités au long-métrage le plus critiqué, mais face à un tel monstre de bêtise et de prétention, il me semble plus raisonnable de me déclarer incompétent et de renvoyer le jugement aux innombrables admirateurs d’un livre que je me réjouis de ne pas avoir lu ») à son coup de cœur pour le Marie-Antoinette de Sofia Coppola (« Françoise Sagan aurait certainement aimé et reconnu en Sofia Coppola une amie de cœur, grave et légère, lucide, opiniâtre et modeste") en passant par ses 1001 souvenirs amicaux, amoureux et tendres, l’élégance un peu dandy et la cinéphilie sincère transpirent de chaque page.

    * Le quart d’heure islandais, par Tania de Montaigne (Pocket, 2002) : pas de la grande littérature, c’t'ivident, comme dirait l’autre. Mais de l’humour. Beaucoup d’humour. Le genre de tout petit livre, hyper digeste, qu’on traîne dans son sac et qu’on ressort les jours de pluie. L’idée de fiction? Toute simple, là encore : la réalisatrice islandaise Emyrka Rerc a gagné la palme d’or  il y a 40 ans lors du 51e festival. Aujourd’hui, à 70 ans et des poussières, elle est l’invitée d’honneur de la Croisette. Sous la plume de la Montaigne, Cannes devient ça : « de plus en plus de célébrités sous contrat avec des marques de crèmes dépilatoires, de shampooings décolorants, qui ne joueront jamais dans aucun film ou si peu. Des célébrités sorties de nulle part, des cellules qui se reproduisent seules, in vitro : on les agite avec des petites pipettes, on les plonge dans des solutions acides pour voir ce que ça leur fait et bien souvent, on est déçu alors on les jette et on en prend d’autres, plus fraîches. Et au milieu, quelques films dont peu de gens se souviendront… »

    *Cannes Kid, le dernier épisode de la 4e saison de la série Entourage. « Even Jerry Lewis gets pussy here, so who knows? »... Chapeautée par Mark Wahlberg et diffusée sur HBO, Entourage fait claquer le clinquant depuis 2004 en suivant les aventures jet-set d’une jeune star du cinéma américain, Vince Chase. Persuadé qu’il est plus que sa belle gueule, Chase fait des pieds et des mains pour pouvoir monter Medellin, projet de sa carrière, il en est sûr. Il y jouera Pablo Escobar. Une fois embobiné, le projet atterrit à Cannes. Tourné durant le vrai 60e festival, l’épisode a valeur d’archive et réaffirme avec conviction le vrai, et peut-être seul, pouvoir de Cannes : celui de défaire les films aussi violemment qu’une coupe de champagne se fracassant contre un comptoir en marbre. De l’arrivée de la fine troupe sur le ponton du Martinez au son du « Je veux te voir » de Yelle, aux évocations des fêtes données par Brad et Angelina, tout le Cannes trendy et branchouille en moins de 45 minutes, ce qui suffit amplement.

    *Au cœur du festival, de Gilles Jacob (collection DVD "J’aime le cinéma" – Agnès B). À tout seigneur, tout honneur, le président du plus grand festival du monde narre avec émotion, passion, humour ses souvenirs, de 1946 à 2001 : le fabuleux collage d’Histoires de festival, la frénésie de Les marches, etc… monté au rythme trépidant d’Offenbach et enfin, les réflexions et pensées précieuses des cinéastes dans Epreuves d’artistes, tout respire l’amour du cinéma avec un grand C. En bonus, cette jolie phrase d’Edward Yang : « Cannes est le pays du monde qui parle le mieux Cinéma ».

    *La vie passera comme un rêve (Robert Laffont, 2009) : à tout seigneur, tout honneur bis. Après les images, les mots : Gilles Jacob évoque en 380 riches pages sa vie et sa position privilégiée de premier témoin du festival en multipliant anecdotes, souvenirs, coups de griffes, visites de coulisses. Celui-là, je viens à peine de l’entamer. Mais déjà, après les souvenirs de petit garçon durant la guerre et les rappels de la cruauté et des complexes de Pialat, je suis séduite. La plume est fine, drôle, vivante, sincère, lucide mais surtout d’un enthousiasme dont on ne se lasse pas. « Je suis né le 22 juin 1930. Chabrol arrive dans deux jours, Godard a encore 5 mois à gigoter dans le ventre de sa mère, Jean Vigo achève le tournage d’À propos de Nice. Le cinéma et la Côte d’Azur seront mes bonnes étoiles, mais je ne le sais pas encore ». Un classique instantané.

Bon cinéma

Helen Faradji

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