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EN DIRECT DE CANNES 7 - par Philippe Gajan

2009-05-21

    C'est entendu, alors que le festival entame son dernier droit (et au moment pour moi de tirer ma révérence), nous retiendrons la teneur ultra académique des différentes sélections (en moyenne cela va de soi). Lorsque les pronostics tournent autour des titres de Jacques Audiard, Pedro Almodovar ou Jane Campion, on s'imagine sans peine que ce n'est pas pour cette année la révolution... Et de fait, un festival qui promettait tant sur le papier, n'aura pour l'instant accouché qu'au mieux de confirmations (on pense à Mia Hansen-Love par exemple). Lars von Trier et Brillante Mendoza se partageront sans doute la palme du film le plus hué (pour une seconde année consécutive dans le cas du cinéaste philippin après Serbis en 2008) sans que pour autant on puisse crier au chef-d'œuvre maudit. Kinatay de Mendoza, par exemple, n'a pas la force de Serbis, mais reste un essai intéressant en particulier parce qu'il confirme le talent d'un cinéaste qui fait preuve d'une énergie et d'une détermination impressionnantes.

    Mais heureusement, il y a encore des francs-tireurs au cinéma, des irréductibles, ceux qu'on oublie au moment de hurler au chef-d'œuvre mais qui pourtant par leur chemin singulier prouvent que le cinéma se décline à l'infini. À la Quinzaine, Luc Moullet, éternel outsider de la Nouvelle Vague, nous revient avec un « comédie reportage » évidemment désopilant sur  cette vallée des Alpes du sud championne du nombre de cas de folies meurtrières et de suicides... Facétieux, le cinéaste, à sa manière tendre mais pourtant insistante, aura dépeint toute sa vie les travers de ses contemporains. La terre de la folie est un nouveau chapitre de cette ample chronique des moeurs.

   
Quand à Alain Guiraudie, hier pressenti comme le futur du cinéma français, s'il n'a pas voulu de cette place, beaucoup trop rebelle et anarchiste pour cela, il n'en poursuit pas moins l'édification pierre par pierre d'un cinéma fantasque peuplé de philosophes de comptoir et autres rêveurs à son image. Dans Le roi de l'évasion, un très enveloppé vendeur de machinerie agricole homosexuel semble éveiller le désir en tous ceux qu'il croise, jeunes et vieux, garçons ou fille. Alors parfois, une racine de mandragore sur laquelle urinent tous nos boucs en rut peut aider, surtout quand on est en proie à une crise existentielle... Enfin, vous verrez (j'espère !), l'univers de Guiraudie continue à valoir largement le détour.

   
Un mot sur La famille Wolberg d'Axelle Ropert. De cette dernière, critique de cinéma, scénariste (les films de Serge Bozon, c'est elle), on avait vu Étoile violette, un court métrage. Son premier long métrage a cette étrange poésie des œuvres qui traitent d'une réalité somme toute banale – la vie d'une famille en apparence heureuse et sans histoire dans une petite ville de province, en la stylisant jusqu'à la parer d'une grâce touchante et mélancolique.  Des acteurs impeccables, un refus du naturalisme, des dialogues étincelants... et au final une très jolie réussite.

   
Enfin, impossible de ne pas signaler La nymphe, le dernier film de Pen-Ek Ratanaruang (Ploy, MoonRak Transistor, ...). Même s'il est courant aujourd'hui de voir intervenir des éléments de fantastique dans le cinéma thaïlandais (pensons à Apitchapong Weerasethakul), Pen-Ek Ratanaruang le fait très bien et réussit ainsi à transfigurer et à grandir de banales histoires d'adultères entre trentenaires en crise. Comme quoi, le cinéma est encore capable de renouveler des histoires usées jusqu'à la corde.

Philippe Gajan

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