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EN DIRECT DE CANNES 9 - par Jacques Kermabon

2009-05-23

DERNIÈRE LIGNE DROITE SUR LA CROISETTE

    Hier les stands du marché du film étaient déjà vides. Les fêtes de clôture s'enchaînent, après celle de la Semaine de la critique, il fallait se partager vendredi soir entre deux plages pour dire au revoir à la Quinzaine des réalisateurs (en face de l'hôtel  Miramar) et au Short Film Corner (en face du Majestic). Consacré au court métrage, ce marché dans le marché prend un peu plus d'ampleur chaque année, les chiffres en font foi.

Ça sent la fin.

    Parmi les derniers films de la compétition, je me suis abstenu d'aller voir la version provisoire (2h30) de Soudain le vide, de Gaspar Noé, préférant attendre qu'il trouve sa forme définitive. Si les avis sont partagés entre ceux qui détestent et ceux qui trouvent l'expérience "intéressante" (sic), tous conviennent qu'au bout d'un peu plus d'une heure, le film a déjà fait le tour de lui-même. Le reste n'est que répétition.

    Les deux dernières équipes à monter les marches seront celles de Visage de Tsai Ming-Liang - rumeur pour le moins partagée - et de Carte des sons de Tokyo, d'Isabel Coixet. Lors de la projection de presse, ceux qui avaient gardé un bon souvenir de Ma vie sans moi et de La vie secrète des mots  et ceux qui découvraient cette cinéaste ibérique, ont hué d'une seule voix cette production internationalo-sexy-chic peu digne du Festival de Cannes.

    Nous avons donc déjà vu la Palme. Michael Haneke appartient aux hypothèses plausibles avec son impeccable Ruban blanc. Noir et blanc somptueux, mise en scène au cordeau, l'œuvre s'affiche comme un pièce maîtresse. Le côté donneur de leçon d'Haneke s'y fait plus discret, la fable, dont le narrateur ne cache pas qu'elle a conservé certains de ses mystères, se déroule dans un petite village allemand à l'aube de la Première Guerre mondiale, une histoire de tortures et d'exactions non élucidées dans un climat de violence paysanne et de pression religieuse. En filigrane, l'hypothèse court que ces jeunes gens corsetés dans le protestantisme qui se livrent à des violences sournoises grossiront, quelques années après, les rangs des nazis.

    Mais la plus surprise des ces derniers jours est venue d'Elia Suleiman. Avec The Time that Remains, il signe son œuvre la plus ambitieuse et la plus réussie. Brassant différentes strates de temps, il égrène des souvenirs de famille et fait entendre, à travers des scènes de sa vie à Nazareth, l'évolution de la Palestine. Sens du cadre, du rythme et du jeu entre répétitions et variations, humour laconique, le burlesque de Suleiman se teinte ici de mélancolie et de tendresse. Son absence au palmarès ferait tache.

La phrase du jour
"Ce n'est pas parce qu'on vit dans une région sensible qu'on n'a pas de vie de famille. Mon film ne vous apprendra rien sur l'histoire du conflit israélo-palestinien, mais il pourra vous apprendre des choses sur vous-même." Elia Suleiman


Jacques Kermabon

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