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CEUX DE LA VAGUE - par Robert Lévesque

2009-05-28

    Quand Alain Resnais descendait au festival de Cannes, dans les années cinquante, il y avait des starlettes qui d’office, sur la plage, exhibaient leurs nichons bien ronds aux flashs crépitants des photographes ; il y en eut une, en 1954, que la petite histoire a retenue car Robert Mitchum, allant la rejoindre (sans enlever ses souliers), lui empoigna les deux lolos ; ces photos déclenchèrent aux Etats-Unis une croisade qui faillit lui fermer les portes des studios ; la starlette, elle, s’appelait Simone Silva, elle s’est suicidée peu après…
 
    Dimanche dernier, le même Alain Resnais était à Cannes et les nichons de la plage n’avaient plus cours, la plage étant enroulée au profit des obligatoires marches, le sable blond ayant perdu la guerre devant le tapis rouge et tout le monde photographiant tout le monde sans la pyrotechnie éblouissante des éclairs de magnésium.... Other days, other ways, on n’y croise plus ni Malraux ni Cocteau, ni Lana Turner, on n’organise plus de
« pêche aux bouteilles de Chianti » comme dans le temps des « Nuits romaines » au Martinez, mais l’industrie va…, et l’on devine à l’œil que ce festival (comme l’écrivait Truffaut en 1957 avant d’y triompher en 1959) est « dominé par les combines, les compromis, les faux pas »…
 
    Resnais à Cannes, donc. Que diable allait-il faire dans cette galère ? Est-ce encore l’homme de Nuit et brouillard, d’Hiroshima, de Marienbad, de Muriel, de Providence ? Son Hiroshima, mon amour, on l’avait viré de la sélection en 1958, le Quai d’Orsay ordonnant que l’on cache ce film que les Américains ne sauraient voir… Aujourd’hui le cinéma de Resnais c’est de la roupie de sansonnet en regard de l’œuvre passée, ça ne dérange plus personne ni les Américains, ça ne fouille plus la mémoire, ça se contente de chatouiller le présent, ça fume, ça ne fume pas, ça se met à chanter…, c’est une crise d’Azéma qui ne passera pas…
 
    Mais il était là, à Cannes, et on l’ovationnait tranquillement, Resnais, l’octogénaire de la Nouvelle vague, cheveux et souliers blancs, le corps cassé, se disant peut-être dans le creux de la caboche (on l’espère pour lui) I Want to Go Home… La question qui n’était sûrement pas sur toutes les lèvres cannoises mais qu’un critique doit se poser, c’est-à-dire par le fait même y répondre : passe-t-on sans séquelle aucune de la fréquentation intellectuelle de Duras et de Cayrol à celle de Jaoui et Bacri ?
 
    De cette génération de cinéastes, nés en France dans les années de l’entre-deux-guerres  quand le cinéma était muet et les papas autoritaires, il ne reste – chez ceux qui participèrent à l’émancipation d’un cinéma libre qu’on qualifia de Nouvelle vague – que six vétérans, Rohmer qui a 89 ans et n’a jamais cessé d’être Rohmer dans l’élégance de sa rigueur marivaldienne, Resnais qui a 86 ans et se fait donc voir à Cannes avec des Herbes folles, Varda, Rivette et Rozier qui ont 83 ans chacun, Varda qui m’est si chère avec sa rue Daguerre et si suave avec ses plages, et puis les deux jeunots Chabrol et Godard (né en Suisse celui-là, une Boyard au bec), Chabrol et Godard qui, à seulement 79 ans, godelureaux à bout de souffle, n’ont peut-être plus rien à cacher ni à montrer.
 
De Rivette on verra La belle noiseuse le 30 mai à 21 heures sur ARTV, de Chabrol Le beau Serge le 4 juin à 21 heures et de Truffaut Les 400 coups le 7 juin, sur TFO.

Robert Lévesque
 

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