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BLOGUE D'ANNECY 2 - par Marcel Jean

2009-06-09

ON RIGOLE FERME!

    La soirée d'ouverture du Festival d'Annecy, animée avec aisance par le directeur artistique Serge Bromberg, réunit un cocktail de festivaliers et de notables, auxquels se mêlent quelques invités d'honneur (cette année, on comptait sur la présence de Thierry Frémaux, le délégué général de Cannes, venu profiter de l'air vivifiant de la montagne). On en profite pour présenter les membres des différents jurys (Henry Selick, l'homme derrière Coraline, qui siège au jury de la compétition de films étudiants, a été le plus applaudi) et pour faire une jolie place aux indispensables géants américains. Hier soir, on a salué Pixar en projetant le dernier court métrage sorti de leurs usines, le très rigolo Partly Cloudy, de Peter Sohn, récemment promu à la réalisation après avoir épaulé Brad Bird à l'animation de The Iron Giant, The Incredibles et Ratatouille.

    L'année dernière, le festival  s'était ouvert avec Waltz with Bashir, d'Ari Folman. Cette année, l'honneur est revenu à Panique au village, des Belges Vincent Patar et Stéphane Aubier, précédé dudit Partly Cloudy. C'est dire que le festival est parti sur un autre ton : l'humour "nonsensique" a succédé au cauchemar guerrier israélien. Exit le sentiment de culpabilité et la quête psychanalytique des soldats, bonjour les aventures rocambolesques de Cheval, Cowboy et Indien qui en 75 minutes voient leur maison écrasée sous 50 millions de briques, descendent au centre de la terre, remontent par le Pôle nord, sont capturés par trois savants fous pilotant un immense pingouin mécanique, se battent contre un homme grenouille malhonnête prénommé Gérard et finissent par ressortir dans l'étang de la ferme de leurs voisins Steven et Jeannine.  Ouf!

    Panique au village, c'est d'abord une série culte, dérivée d'un film étudiant de Stéphane Aubier (pour en savoir plus sur la série et ses créateurs, aller voir ici). Animant de manière rudimentaire de simples jouets de plastiques, les deux auteurs ont créé un monde absurde et hilarant, plaçant leurs personnages au cœur de situations loufoques défilant à un rythme effréné. Passant au long métrage, Aubier et Patar ont donc dû relever le défi de la durée (les épisodes de la série font moins de cinq minutes chacun).

    Et ça marche? En partie seulement. L'avalanche de gags est bien là, ininterrompue, efficace pendant un bon moment, mais la succession des péripéties finit par émousser l'intérêt, en particulier lorsque survient un épilogue qui s'étire et nous laisse entendre que ça repart pour un autre tour.  N'empêche qu'on rigole dans cet univers déjanté où les animaux de ferme vont au conservatoire de musique suivre les cours de piano d'une jolie jument rousse (coup de chapeau à Jeanne Balibar, qui prête sa voix au personnage).

    Présenté avant même la cérémonie d'ouverture, le premier programme de la compétition laisse présager une bonne année. Une séance  solide, comprenant même quelques films primables. D'abord l'excellent Krokodill, de l'Estonien Kaspar Jancis (déjà auteur de deux films remarqués, Marathon et Rue Weitzenberg), suave démonstration d'humour surréalisant, puis l'éclatant Chick, du Polonais Michal Socha, démonstration virtuose de maîtrise formelle et d'élégance graphique, et enfin le surprenant Solstice d'hiver, des Chinois Xi Chen et Xu An, à l'onirisme dense et au propos audacieux : un homme, au moment où il est abattu par un soldat, se souvient de sa relation passionnée avec une femme.  Politique et sexualité dans un film chinois, on ne voit pas ça souvent! Présenté dans ce programme, Le nœud cravate de Jean-François Lévesque (gagnant d'un Jutra et primé au dernier FFM) a été accueilli dans l'enthousiasme général (si on excepte Chick, le film a été le plus applaudi de l'après-midi). Le court métrage de Lévesque et  le très soigné Inukshuk, du Français Camillelvis Thierry, dont l'esprit rappelle les œuvres de Nicolas Brault (Antagonia; Ilôt), représentent déjà d'excellents candidats au prix de la première œuvre.

    Tout cela est rassurant pour les membres du jury, les cinéastes Adam Benjamin Elliot (oscarisé pour Harvie Crumpet) et Andreas Hykade (The Runt; Ring of Fire), la directrice des éditions Milan Justine de Lagausie, notre compatriote musicien Ben Charest (Les triplettes de Belleville; Polytechnique) et la scénariste Marguerite Abouet. La présence de Ben Charest au jury cette année est d'ailleurs étonnante si on considère qu'il signe la musique endiablée de Runaway de Cordell Barker, qui figure en compétition. Joyeux conflit d'intérêt en perspective! Mais on vous a sans doute déjà dit que le cinéma d'animation est une grande famille, alors on ne s'étonne pas trop. Vous en voulez une autre preuve? La voici : c'est ma très charmante épouse qui a produit Le nœud cravate. « Hé! Que voulez-vous? » aurait dit Jean Chrétien.

Marcel Jean

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