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Plateau-télé

BICK, JETT ET LESLIE… - par Robert Lévesque

2009-06-11

    Je revoyais Giant de George Stevens il n’y a pas longtemps (il repasse mercredi 17 juin à 21 heures sur ARTV) et je me demandais coquinement, avec ce que l’on sait depuis son coming out des années 80 (sida, homosexualité), si, sur ce plateau en 1955, Rock Hudson, à 30 ans, en pinçait pour le beau James Dean de 24 ans (il allait se tuer sur la route le tournage bouclé) autant que, dans le scénario, Jett Rink (Dean) en pince pour Leslie (Liz Taylor, 23 ans), la pulpeuse épouse de son patron Bick Benedict (Hudson) ?
 
    M’est avis que Rock Hudson n’était pas le genre de James Dean (et vice versa), ça non, il fallait au garçon sorti de l’Actor’s Studio plus de fragilité, de fraternité d’oeil, et c’était plutôt Monty Clift son genre, ou alors Pier Angeli, la superbe Italienne (Anna Maria Pierangeli, 1932-1971), mais elle était si catholique l’Angeli qu’elle n’accepta pas la bisexualité du beau gosse de Fairmount et lui préféra un chanteur de charme du nom de Vic Damone, un rital du Bronx chantant April in Portugal… Il vit encore, Vic Damone, cachetonnant dans le mouroir de Las Vegas…
 
    S’agissant de l’homosexualité d’une figure aussi mâle connue que celle de Rock Hudson, si l’on avait à étudier le cas, il ne faudrait pas oublier ni sous-estimer le fait que ce parangon de l’hétérosexualité dans l’imagerie romantico-industrielle d’Hollywood allait tourner en ligne, après Giant, deux films avec la banquise chromée Doris Day qui décidèrent peut-être de son orientation sexuelle, voyez les titres : Confidences sur l’oreiller (Pillow Talk) en 1959, Un pyjama pour deux (Lover Come Back) en 1961 (il ne faut pas confondre Un pyjama pour deux avec Pajama Game que Doris Day tourna en 1957 avec un autre conscrit, un acteur mort et oublié, John Raitt, qui était peut-être l’arrière-papi de la ministre canadienne des Ressources naturelles Lisa Raitt actuellement dans de beaux draps…).
 
    Giant, avec Hudson, Dean et Taylor, c’était (plusieurs l’ont dit) une préfiguration de la série télévisée Dallas, le Texas qui mute, le pétrole qui sourd, l’argent qui gicle. De simple employé de ferme, Jett Rink va devenir un baron de l’or noir, puis un prince de la bouteille, et la famille Benedict, comme la famille Ewing à la télé, va vivre toutes sortes de calculs, comptables et biliaires… Le film ne vaut pas grand-chose, je vous avertis, il est très long, mais il y a, plantée au milieu du désert, une belle grande maison à boiseries et cheminées qui ferait saliver Pauline Marois, et puis il y a, bien sûr, James Dean, le dernier James Dean, celui qui va mourir tantôt…
 
    Le roman-fleuve de la New Yorkaise Edna Ferber, qui servit de matière au scénario, valait bien plus que le film de Stevens (dont le seul chef-d’œuvre est A Place in the Sun, 1951). Ferber, célibataire endurcie, esprit vif, avait le tour pour les sagas (Show Boat de James Whale en 1936, c’est aussi un de ses romans), elle devait peut-être ça à ses origines hongroises ; en tout cas c’était une femme délurée qui, comme son amie Dorothy Parker, faisait partie du cercle de l’hôtel Algonquin, la fameuse « Round Table » qui dans les années 1920 réunissait des intellectuels américains pour casser la croûte et bien d’autre choses à tous les soirs dans la salle à dîner de la 44ème rue…
 
    Au fait, là en 2009, ce Giant de jadis est devenu un musical à Broadway, musics and lyrics de Michael John La Chiusa… Aucune idée de la valeur de la chose…, ni qui peut se glisser dans les rôles de Bick, Jett et Leslie…
 
Robert Lévesque

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