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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

HIERARCHIE DES GENRES

2009-06-11

    De Cannes, cette année, l'on a presque entendu que ça. C'est le retour des genres! Vive les genres! Que de genres dans la compétition! Mon genre est plus beau que le tien! Que de pages furent noircies pour annoncer le retour en force du polar (Vengeance de Johnnie To, Un prophète d'Audiard), de la comédie (Looking for Eric de Loach, Les herbes folles de Resnais), de l'horreur (Antichrist de Von Trier, Thirst, ceci est mon sang de Park Chan wook)! Que de retours en odeur de sainteté dans le plus grand festival du monde alors qu'il y a encore quelques années, lever le nez sur les productions de genre aurait été du plus grand chic. Les modes vont et viennent, c'est bien dans leur nature.

    Reste pourtant au milieu de ce glorifié parterre de genres un oublié. Un absent que l'on fait semblant de ne pas voir pour ne pas avoir à s'en inquiéter. Un vilain petit canard qui ne s'est pas transformé en cygne depuis bien longtemps : la science-fiction. Car soyons honnêtes, depuis quand un bon film de science-fiction n'est-il pas venu nous chatouiller les neurones?

    Relégués loin derrière dans la grande course au box-office par la vague des films de super-héros (qui a le plus beau collant?), les film de science-fiction semblent en effet avoir leurs plus beaux jours derrière eux. Que celui qui oserait mettre Terminator 5, Babylon A.D., Cloverfield ou The Day the Earth Stood Still version Keanu et 2001 : A Space Odyssey, ou même sans remonter si loin, Blade Runner, Alien, Twelve Monkeys, Matrix ou Children of Men, dans la même balance sans même rire un peu se voit immédiatement transporté dans un futur lointain où le cinéma n'existerait pas.

    Alors où est la science-fiction? Que s'est-il passé? N'avons-nous donc plus de grandes peurs, d'énormes angoisses collectives à catalyser (un rôle du genre que les frères Coen décalaient avec délice dans The Man Who Wasn't There – on vous laisse le revoir)? La terreur d'une fin du monde prochaine n'a-t-elle donc plus besoin de catharsis? Le genre est-il bel et bien mort?

    Comme toujours, i faut bien sûr se méfier des peaux d'ours vendues trop tôt. Le prochain festival de Cannes sera peut-être tout d'aluminium, de fusées supersoniques et de continuum spatio-temporels perturbés. Allez savoir. Reste qu'aujourd'hui, la crise de la science-fiction sévit bel et bien. Dans son pertinent article du Guardian sur le sujet, David Cox  avance cette idée: si les films de science-fiction récents peinent à nous titiller l'anxiété, c'est qu'ils s'accrochent à fonder leurs récits sur cette idée très "guerre froide" : la peur des machines et de l'inhumain qui aurait raison de l'humanité. Qui, en effet aujourd'hui, a encore peur de son ordinateur, aussi puissant soit-il? Toujours selon Cox, la science-fiction est en outre victime de son propre succès : après des années glorieuses, la débauche d'effets spéciaux disponibles a laissé le champ libre aux scénaristes pour... se tourner les pouces. Qui a besoin d'idées lorsqu'une tonitruante explosion intergalactique se charge d'assurer le spectacle? Pourquoi se forcer à remplir un script d'idées?

    C'est exactement là qu'une 3e piste peut également s'envisager : la science-fiction 2.0, celle dont parle Cox, n'est pas tout à fait morte, elle s'est tout simplement fait piquer la place. Comme dans un bon vieux jeu de chaise musicale, elle n'a pas couru assez vite. Et le gore, petit malin aux jambes musclées, en a profité. Des peurs à exorciser, pas besoin de grands scénarios et des effets toujours plus sensationnalistes? Un créneau en or pour le gore qui a dès lors pu simplement déplacer l'enjeu de la science-fiction vers des idées beaucoup plus simples, beaucoup plus nombrilistes aussi : le danger ne vient plus de dehors, mais de nous-mêmes. La folie nous guette et bien malin qui pourra dénicher la dernière parcelle d'humanité du premier psychopathe venu. Et en abandonnant la science et ses dérives possibles, en laissant de côté la nécessaire réflexion qu'implique tout progrès scientifique pour resserrer l'œilleton autour de l'humain, de l'humain et encore de l'humain, devinez au juste qui y perd.

Bon cinéma

Helen Faradji

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Vos réactions (1)

  1. Pourtant, pas besoin d'aller bien loin pour voir que les effets spéciaux n'occupent pas nécessairement toute la place. La minimaliste relacture de Solaris de Soderbergh; le Sunshine discret de Boyle, même s'il tirait beaucoup sur Event Horizon. Et Moon, de Zowie (on a hâte, même si on craint 2001 meets Solaris encore). Mais effectivement, The Day the Earth... et toutes ces vidanges à la sauce vénussiennes n'aident en rien le genre.

    par Philémon, le 2009-06-11 à 13h06.

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