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BLOGUE D'ANNECY 5 - par Marcel Jean

2009-06-12

DE LA TECHNIQUE

    Un festival, c'est aussi une affaire de technique. Derrière les séances se succédant aux deux heures, derrière les projections de films tournés en divers formats, derrière les programmes composés de quinze courts métrages et présentés dans quatre salles différentes en l'espace de 48 heures, il y a tout un travail. Ici, à Annecy, Laurent Million dirige depuis des années une équipe réputée pour son efficacité. D'habitude, tout va rondement et les séances commencent à l'heure. Cette année, toutefois, on a un peu plus de problèmes que d'habitude. Ainsi, cet après-midi, un bug informatique a forcé l'interruption du Programme 4 de la compétition étudiante pendant près de 30 minutes. Pour le festivalier téméraire, voilà une nouvelle catastrophique. Un tel retard à la séance de 16 heures coupe toute velléité d'attraper la séance de 18h. Tout cela pour dire que j'ai dû faire mon deuil de la majeure partie de ce programme de films étudiants qui, selon le jugement avisé de Marco de Blois, est jusqu'ici le meilleur de la compétition. J'ai donc possiblement loupé le grand prix de cette section.

    Bon, des problèmes techniques, il y en a partout. Les anciens se souviennent de L'homme de marbre de Wajda projeté à Cannes selon une sorte d'agencement aléatoire des bobines. On en a parlé longtemps…

    Côté courts métrages, la journée a été plutôt correcte, avec un programme de bonne tenue, dominé par des films à haut degré d'achèvement technique et graphique, mais sans beaucoup d'ampleur quant au discours. Film français précédé d'une grosse rumeur, Le bûcheron des mots, d'Izù Troin est à cet égard exemplaire. D'une véritable splendeur visuelle, le film raconte avec beaucoup de sérieux une histoire de poètes persécutés dans un État totalitaire. On est pour, bien entendu (tout le monde est pour la vertu), mais on constate vite que le film enfonce des portes ouvertes… Cette constatation s'impose d'ailleurs avec d'autant plus d'éloquence qu'un autre film français présenté dans le même programme, L'homme à la Gordini de Jean-Christophe Lie, aborde dans un style plutôt tape-à-l'œil les mêmes questions. Mais oui, les gars, nous sommes tous pour la liberté, celle de lire et d'écrire ou de porter des chaussettes bleues.

    Depuis que la Russie est redevenue un pays, il ne se passe pas un festival d'animation sans qu'on y présente un conte russe. Celui de cette année, intitulé Vasilisa et réalisé par une jeune femme nommée Darina Schmidt, est plutôt meilleur que d'habitude. Rondement mené, illustré avec élégance et raffinement, voilà un exemple de bon cinéma pour enfants. On s'en réjouit.

    Comme son titre ne l'indique pas, Mei Ling est un film français réalisé par Stéphanie Lansaque et François Leroy. C'est esthétiquement très soigné, l'atmosphère est trouble et finement installée, ça raconte la relation intime qui se noue entre une jeune Chinoise et  un poulpe mâle, et ça dure 16 minutes. Pour être direct, disons que c'est bien, mais un peu complaisant. On aurait gagné à resserrer un peu.

    « Deux films italiens présentables la même année, voilà le véritable événement. » Ce n'est pas moi qui le dis, mais un ami italien dont je vais taire le nom pour qu'il puisse rentrer chez lui en toute sécurité et continuer à travailler dans le cinéma. Le programme d'aujourd'hui comprenait About Love, amusante description de l'amour moderne signée Giacomo Agnetti, et Muto, éblouissante démonstration de graffiti en mouvement signée Blu. Déjà célèbre (il a remporté quelques 35 prix et a été vu 4,7 millions de fois sur You Tube) Muto est d'emblée l'un des favoris pour figurer au palmarès. Dans ce cas, le jury n'aura pas tant à se demander si le film mérite un prix que s'il est pertinent de lui en donner un de plus. C'est, une chose est sûre, le seul film présenté jusqu'ici qui soit véritablement en mesure de concurrencer Krokodill de Kaspar Jancis. Mais ne pronostiquons pas trop vite, car le programme de demain est chargé, avec Georges Schwizgebel, Sébastien Laudenbach, Jonas Odell et Nick Park.

    Avant de vous quitter, quelques mots à propos du jouissif Chainsaw Maid, du Japonais Takena Nagao, film de zombies en pâte à modeler dans lequel une soubrette dévouée sauve ses patrons de la menace d'une armée de morts vivants en s'armant d'une tronçonneuse. Voilà du bon matériel pour FantAsia, pour Danny Lennon et pour Regards sur le court métrage. Le réalisateur, Takena Nagao, a 23 ans.  Darina Schmidt en a 26, Blu et Camillelvis Thery 27, Giacomo Agnetti et Jean-François Lévesque 31, et Kaspar Jancis 34. Il y a de l'avenir, chers amis…

Marcel Jean

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