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BLOGUE D'ANNECY 6 - par Marcel Jean

2009-06-13

LA TABLE EST MISE

    Enfin, il fait beau. Mieux vaut tard que jamais, mais dommage tout de même qu’il ait fallu attendre que le festival soit presque fini. En début de semaine, les Anneciens qui ont voulu profiter des projections extérieures sur le bord du lac ont eu besoin de beaucoup de courage et de volonté pour affronter les averses et le froid. Mais en ce vendredi soir, la projection de Madagascar 2 se déroule dans des conditions idéales.

    On annonce du beau temps pour demain, mais côté festival le samedi est toujours une journée étrange. Plus de primeurs, les accrédités du marché qui ont déguerpi en masse dès la clôture en fin d’après-midi vendredi, les membres des jurys isolés en croisière sur le lac (pour éviter les fuites), les festivaliers étrangers profitant des dernières heures pour faire un peu de shopping, les cinéastes qui ont des films en compétition attendant nerveusement que la journée passe et qu’arrive la soirée de clôture…  On ne fait pas exception. Il y a deux ans, c’était le saut en parapente au-dessus du lac, cette année, c’est une ballade de quatre ou cinq heures autour du Mont Blanc, histoire d’expier les tartiflettes  et autres excès de table…

    Côté film, la compétition s’est terminée avec un programme qui comptait plusieurs gros noms. Le premier à occuper l’écran, Georges Schwizgebel, est apparu là où on l’attendait, avec Retouches, un film conceptuellement fort et solidement exécuté. Sera-t-il au palmarès cette année, lui qui n’a jamais eu de chance à Annecy? Ce serait étonnant, le jury risquant d’être inhibé par le fait que Schwizgebel a signé de meilleurs films (78 tours; La course à l’abîme).

    Jonas Odell, bien connu pour ses collaborations avec Franz Ferdinand et Allison Goldfrapp, a déçu avec Lies, une œuvre nonchalante qui reprend (en moins bien) le dispositif de Never Like the First Time. Divisé en trois partis, le film aurait en fait pu se limiter à la troisième, dans laquelle une femme raconte sa vie comme une suite ininterrompue de mensonges.

    Deux cinéastes moins connus, le Russe Ivan Maximov (l’absurde The Additional Capabilities of the Snout) et l’Argentin Santiago Grasso (le cinglant L’emploi) auront réussi à surprendre. Au point même où l'on peut imaginer sans difficulté L’emploi repartir avec quelque chose lors de la cérémonie de clôture.

    Enfin, dernier film de la compétition officielle, Wallace et Gromit : a Matter of Loaf and Death, de Nick Park, exploite avec beaucoup de savoir-faire et de moyens une recette trois fois éprouvée. La mayonnaise prend une fois de plus, mais primer un tel film qui est en fait la photocopie des épisodes précédents de la série enverrait un bien curieux message.

    Alors où ira le jury? Difficile à dire. Sans présidents déclarés, les jurys d’Annecy sont toujours mystérieux. Celui de cette année, qui compte deux cinéastes (Adam Benjamin Elliot et Andreas Hykade) et trois personnes dont les goûts et les intérêts sont mal connus (Marguerite Abouet, Justine de Lagausie, Ben Charest) ne fait pas exception.

    Krokodill de Kaspar Jancis et Muto de Blu peuvent logiquement aspirer aux honneurs. Ces films ont une envergure qui les distingue du reste de la programmation. Mais si le jury est audacieux, on pourrait tout aussi bien retrouver au palmarès un film comme Please Say Something, de l’Irlandais David Oreilly, une œuvre de science-fiction satirique au look très moderne, ou encore les désopilants The Tale of Little Puppetboy, de Johannes Nyholm, ou Chainsaw Maid, de Takena Nagao.

    Un jury au goût plus conservateur pourrait aller du côté de The Cat Piano, d’Eddy White et Ari Gibson (qui selon moi n’a pas d’intérêt, mais qui a ses défenseurs), de Chick, de Michal Socha (un choix plus défendable) ou de Runaway, de Cordell Barker.

    Enfin, entre ces deux tendances se trouvent une bonne dizaine de films ayant assez de qualités pour alimenter les discussions, dont quelques premières oeuvres : Inukshuk de Camillelvis Thery, Le nœud cravate de Jean-François Lévesque, L’ondée de David Coquard-Dassault et Guri Gursjen & Gursjan Gru d’Elrik Aure et Johanne Anda. L’un de ces quatre films devrait logiquement remporter le prix Jean-Luc Xiberras de la première œuvre.

    Du côté des longs métrages, Mary and Max de l’Australien Adam Benjamin Elliot prend la tête du groupe des favoris dans lequel se retrouvent Coraline et My Dog Tulip. Conservant le ton, l’esthétique et l’esprit de ses courts métrages (Harvie Crumpet), Elliot livre ici le récit émouvant de l’amitié épistolaire entre une jeune Australienne issue d’un milieu modeste et un Juif américain autiste et obèse. Mais le niveau est remarquablement fort cette année dans cette section et un outsider pourrait se faufiler. Brendan et le secret des Kells, de Tomm Moore et NoraTwomay, par exemple.

Marcel Jean

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