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BLOGUE D'ANNECY 7 - par Marcel Jean

2009-06-14

LES JOIES DE L’INCESTE

    Bon! Par où commencer? D’abord par le fait qu’Henry Selick, qui avait un excellent long métrage en compétition (Coraline), siégeait aussi au jury des films d’étudiants. Ensuite en précisant qu’Adam Elliott, qui par ailleurs avait lui aussi un excellent long métrage en compétition (Mary and Max) siégeait quant à lui au jury des courts métrages. Pendant ce temps, le musicien Ben Charest, qui siégeait au jury des courts métrages, n’était pas en reste car il signait la musique de Runaway, de Cordell Barker, qui faisait partie de la compétition de courts métrages. Eh! Bien! Vous devinez quoi? Tout ce beau monde a gagné! Mais oui! C’est vrai! N’est-ce pas merveilleux?

    Tout cela a commencé lorsque la porte parole du jury des longs métrages, Madame Karen Byot, a expliqué que tous les films en compétition étaient formidables, ce qui entre vous et moi leur posait un sacré problème, mais qu’ils avaient trouvé la solution en décidant de primer ex aequo leurs deux collègues. Adam Eliott et Henry Selick sont donc repartis avec chacun un trophée. Bien sûr, l’un et l’autre méritaient le prix. Mais Paul Fierlinger aussi et on ne saura jamais si le résultat aurait été différent s’il avait dormi au même hôtel que les autres,  s’il avait pris ses petits déjeuners avec eux et s’il avait eu la semaine pour fraterniser.

    Adam Eliott venait à peine de s’assoir et de déposer sa récompense qu’il a dû se relever pour prendre la parole au nom des cinq membres du jury des courts métrages. Il a laissé entendre que cela n’avait pas été facile : quatre heures trente minutes de discussions serrées pour arriver à un compromis que tous ont signé. Par bonheur, les débats n’ont pas éloigné le jury de l’essentiel : on a primé le film du collègue et Cordell Barker a reçu le Prix spécial du jury pour Runaway. Perspicace et sensible, le sympathique cinéaste de Winnipeg (note : ici, pour la première fois depuis le début de ce texte, je ne fais pas d’ironie), a eu la délicatesse de ne pas remercier son musicien.

    Le Grand prix maintenant. À la stupéfaction générale, il a été remis à Slaves, des Suédois Hanna Heilborn et David Aronowitsch, un documentaire animé pétri de bonnes intentions portant sur les enfants esclaves en Afrique, mais sans la moindre pensée esthétique ou cinématographique . Rencontré à la sortie de la salle, un autre membre du jury a résumé la situation simplement : « Quand l’un d’entre nous trouvait un film bien, les quatre autres disaient que c’était de la merde…  On est donc parti de loin et voilà ce que ça a donné. Il n’y a personne en particulier à blâmer… » Bon! Que dire d’autre? On ne va pas s’acharner sur le film, qui a par ailleurs remporté le prix Unicef (Ça c’était vraiment mérité!), mais voilà qui ne fait pas vraiment sérieux. On est dans un festival de cinéma, ici, ou quoi?

    Quant au reste, le clinquant L’homme à la Gordini de Jean-Christophe Lie a remporté le Prix Jean-Luc Xiberras de la première œuvre, l’efficace Western Spaghetti de PES a reçu le prix du public et l’original Please Say Something de l’Irlandais David Oreilly a reçu une mention.  Quant à la presse internationale (FIPRESCI), elle a distingué L’emploi de l’Argentin Santiago Grosso. Ah! J’oubliais! Ben Charest est venu sur scène et avec une bonne dose de maladresse a expliqué qu’il avait convaincu ses collègues de donner le prix de la meilleure musique originale à Chick de Michal Socha (on n’a jamais réussi à prononcer convenablement le nom du compositeur polonais et celui-ci n’apparait pas dans l’édition imprimée du palmarès…).

    Côté Films d’étudiants, le Prix du meilleur film est allé à For Sock’s Sake de Carlo Vogele et le Prix spécial du jury est allé à Ex-E.T. de Benoit Bargeton, Yannick Lasfas, Remy Froment et Nicolas Gracia. Deux films humoristiques. Deux films français. C’est Henry Selick qui est venu présenter ces prix dans un cafouillage indicible.

    Côté télévision, rien à redire : Alexey Alexeev a reçu le Grand prix pour quatre épisodes de sa désopilante série Log Jam (une production hongroise), les Français Pierre Collin et Marco Allard ont reçu le prix de la Meilleure série pour Pat et Stan et on vous épargne le reste.

Marcel Jean

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