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LE FILM DE LA JUPE

2009-06-18

    On pourrait dire de The Seven Years Itch (Sept ans de réflexion) que c’est, dans la filmographie de Marilyn Monroe, « le film de la jupe »… Image-culte, très à part de toutes les autres images de son iconographie de star de cinéma. On la revoit tous cette scène de la jupe blanche qui vole vole : il fait chaud, c’est la canicule à New York et « la fille » (on ne connaît pas son nom), la voisine sensuelle d’un modèle de mari fidèle dont la femme et le fils sont en vacances à la mer et auprès de qui elle joue l’innocente séductrice venue chercher du sucre, est finalement sortie prendre l’air après ses travaux d’approche : c’est Marilyn qui la joue, cette fille ! Elle s’arrête un instant et, pour s’aérer, se plante les pieds bien écartés sur une bouche d’aération du métro et le souffle fumant qui n’attendait que cela fait voler en corolle la jupe au-dessus des genoux et plus, on voit alors ses cuisses (but de l’opération) qu’elle tente de dissimuler un brin, les mains rabattues sur la dite jupe…
 
    On a tous ironisé sur le fait que le sex-symbol, par ce personnage de blonde en sueur interposé, s’aérait ainsi la partie intime de son anatomie, celle que l’on ne verra jamais. Il nous semblait alors (à nos jeunes yeux) que le personnage était dans un grand besoin d’air brûlant car, un tel souffle montant des entrailles du métro, du ventre de New York, ne pouvait qu’être puissant, torride. On se disait : pour se rafraîchir le popotin, la Marilyn a besoin d’un jet d’air d’une touffeur extrême...
 
    Au moment du tournage de ce film de Billy Wilder, en 1954, la star, dans sa « vie privée vie publique », est entre deux liaisons médiatiques, le joueur de baseball Joe DiMaggio qui va lui faire, d’une paluche, une gifle définitive qui ne lui demandera pas sept ans de réflexion pour fuir, et Arthur Miller, qui rôde, lui pincerait bien une joue…
 
    Le dramaturge, qui deviendra son mari, en est, lui, à diriger les répétitions de A View from the Bridge (Vu du pont) au New Amsterdam Theater sur la 42e Rue et tous les jours il passe devant la fameuse photo jupe en l’air ; le producteur en a fait un agrandissement grandeur nature qu’on a installé dans le hall. Dans ses Mémoires (Au fil du temps, Le livre de poche, no. 6620), repensant à cette affiche, Miller écrit : « Je ne comprenais pas comment Marilyn était arrivée à symboliser une sorte d’authenticité. Peut-être était-ce simplement qu’en la voyant, les hommes devenaient infidèles et les femmes folles de jalousie, et qu’alors les compromis ordinaires de la vie paraissaient terriblement hypocrites, et que son corps, seul, était un blanc faisceau de vérité ».
 
    Ayant vu The Seven Years Itch, le poète Delmore Schwartz (1913-1966) écrivait dans The New Republic : « Rien de ce que dit Miss Monroe dans n’importe lequel de ses rôles ne peut avoir autant de sens que la façon dont elle le dit… Son aisance et son maintien manifestent une véritable innocence, une spontanéité, une absence de conscience de soi qui sont l’antithèse absolue du sexe calculé du striptease et des autres formes de propagation de la lubricité. Elle ne peut être comprise que d’un seul point de vue, celui de la beauté ».
 
    Cette scène de la jupe relevée, Marilyn l’avait mal prise. Devant être tournée sur un trottoir de New York, Wilder changea d’idée en voyant qu’un attroupement de curieux et de fans grossissait ; il la tourna en studio… Marilyn était triste alors, déprimée, elle savait qu’elle devait travailler pour devenir une meilleure comédienne, Arthur Miller allait l’aider ; au dernier jour de tournage elle quitta la Twentieth Century-Fox, ne voulant rien savoir de Hollywood, elle s’installa à New York en évitant les bouches d’aération du métro, elle déclara : « Avant tout, je veux être une artiste, une actrice qui défend son intégrité dans tous les domaines. Si la célébrité s’en va, adieu, célébrité, je t’ai connue ».
 
    Sept ans de réflexion, samedi 20 juin à 22 heures 30 à Télé Québec, un film-charnière dans la carrière de Norma Jean Baker, dite Marilyn.

 Robert Lévesque

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