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L'EMPREINTE DE L'ANGE - critique d'Helen Faradji 

2009-06-25

DUEL EN BANLIEUE

    Si elle avait vu L’empreinte de l’ange, Simone de Beauvoir s’en serait probablement étouffé de rage. Car dans ce second film signé Safy Nebbou (Le cou de la girafe), on ne devient pas femme, on le naît. Pas un geste d’Elsa et Claire, ses deux héroïnes, qui ne soit motivé par l’instinct maternel, pas un regard derrière lequel ne brille l’étincelle de cette soi-disant aptitude naturelle des femmes à élever des enfants. Rien d’autre ne compte d’ailleurs : Elsa a perdu sa fille dans un incendie il y a 6 ans, Claire a une petite fille de 6 ans, Lola. Elsa est convaincue que Lola est sa fille. Autour du double axe maternel, c’est le désert ou presque. Les maris, les petits garçons, les boulots? Des accessoires à l’histoire, des étapes dans l’accomplissement de ce grand destin féminin qu’est la maternité. Les deux femmes se disputent la petite fille, la folie n’est peut-être pas loin, l’enjeu du film est d’une limpidité aveuglante. Lorsqu'on accepte d'y croire.

   Et c’est bien là que le bât blesse. Car passé cet énorme détail, L’empreinte de l’ange est un excellent thriller. Porté par les toujours impeccables Sandrine Bonnaire et Catherine Frot dont l’affrontement fascine, il faut le dire, le film se transforme vite en effet en véritable exemple de mise en scène. De l’art de créer un climat, aurait-il pu hériter comme sous-titre.

    De sa scène d’ouverture dans un centre commercial anonyme que prolonge un plan de grue fataliste à ces motifs aquatiques récurrents et symboliques, la mise en scène est au cordeau. Retenue, rigueur, absence totale d’effets de manche : tout pèse, tout signifie le stress, l’angoisse et même mieux, l’équivoque. Car dans L’empreinte de l’ange – et c’est une de ses forces - , rien d’autre n’est filmé que la banalité du quotidien. Quelques notes de musiques aigües, et voilà un simple spectacle de ballet d’enfants transformé en séquence à la perversité toute hitchcockienne. Quelques plans-séquences tendus et voilà une familière fête d’enfants se métamorphoser en inquiétante et paranoïaque épiphanie. Quelques ellipses bien senties et voilà le mystère encore plus épais. Le cinémascope joue son œuvre aussi : resserré autour des personnages qui s’y découpent nettement, les plans ne sont qu’ambiguïté, intériorité et tourments psychologiques. L’inquiétude est palpable : Safy Nebbou filme littéralement le calme avant la tempête. Depuis dans La tourneuse de pages de Denis Dercourt, on sait à quel point ce cinéma-là va bien à Catherine Frot.

    Malgré une fin-déballage qui tue l’énigme dans l’œuf, laissant regretter l’état d’hésitation dans lequel nous étions jusque-là captif, L’empreinte de l’ange aligne dont les bons points sans presque discontinuer. L’inquiétude y est maître. Le sensationnalisme réduit à néant. À condition, bien sûr, de pouvoir faire taire cette petite voix intérieure qui hurle devant cette représentation datée et agaçante de la nature féminine. Ce qui ne sera pas une mince affaire.

Helen Faradji

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