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UN JOUR AVANT LE LENDEMAIN - critique d'André Dudemaine

2009-07-02

LES HÉROS NE MEURENT PAS, ILS RENAISSENT

    Surgir du dedans pour aller vers le jour. La naissance est inscrite dans l’imaginaire autour de deux configurations de termes opposés : le dedans et le dehors, l’obscurité et la lumière. Le héros mythique est celui qui pourra vaincre les obstacles qu’on aura mis sur ce chemin pour se créer lui-même, envers et contre le destin.

    Ainsi chez les Innus, Tshakapeh n’est qu’une semence arrachée des entrailles de sa mère par une bête monstrueuse qui attaqua ses parents. Il (re)naîtra adulte en déchirant l’enveloppe dans laquelle sa sœur l’avait recueilli après le carnage.

    Dans le très beau Un jour avant le lendemain de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu, nous avons affaire à un enfant qui ne réussit pas, malgré son désir, à se transformer en héros. Dès le début du film, on entend la légende de l’homme avalé par une baleine : la flamme d’un kudliq veille sur son sommeil mais, si elle s’éteint, il mourra. Maniq et sa grand-mère Manioq sont donc laissés sur une île le temps d’y opérer le séchage du poisson. Mais les hommes du clan, frappés par une maladie mortelle, ne reviendront pas les reprendre. C’est donc dans une caverne, nouvel avatar du ventre accueillant, que se réfugieront les deux personnages. Peu à peu, l’inéluctable s’imposera : un enfant seul ne peut vivre sur ce territoire. Il y a, comme me le faisait remarquer Christian Rasselet, un peu de La ballade de Narayama dans ce film où la mort est si douce. La mort enveloppe comme une mère de réconfort ses enfants tristes de ne pouvoir s’arracher à elle. Retour à la nuit des temps.

André Dudemaine

Ce texte est paru originellement dans le numéro 140 de la revue 24 Images.

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