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MOON - critique d'Helen Faradji

2009-07-02

HAL, ES-TU LÀ?

    Duncan Jones est le fils de David Bowie. Voilà, l’anecdote est évacuée. Plus la peine d’y revenir car, outre sa filiation prestigieuse, David Duncan, auteur de ce Moon aux ambitions peut-être inachevées, mais impressionnantes, est aussi un cinéaste dont on va désormais apprendre à retenir le nom.

    Nous sommes quelque part au milieu du XXIème siècle. L’astronaute Sam Bell vit depuis 3 ans sur la lune, supervisant pour le compte de Lunar Industries des puits de forage d’Helium-3, nouvelle source d’énergie terrestre. Sa fille et sa femme l’attendent sur terre. Seul Gerty, un robot doué de parole (Kevin Spacey et son timbre si particulier l’y aident) et d’intelligence lui sert d’interlocuteur.

    Est-ce du culot? De l’inconscience? Ou plus simplement un véritable amour de la science-fiction qui ne pouvait se manifester autrement que par des appels appuyés aux grands classiques du genre? Forcément un peu de tout ça. Toujours est-il que Duncan Jones plante le décor de son film modeste mais sérieux dans un espace déjà mille fois balisé : le fantôme d’Hal plane, la station lunaire tout en angles et en murs cliniquement blancs a de faux airs lucasiens, un sentiment de claustrophobie tout solarien envahit les cabines, les années 70 n’ont pas l’air loin et l’on pourrait légitimement s’attendre à voir un réplicant débarquer dans la salle des machines. Mais là où d’autres auraient probablement ployé sous le poids de références si majeures, Jones, lui, assume l’hommage. Avec panache, même. Impossible à cacher, le fan est là, juste derrière le réalisateur. Le plaisir sincère à faire revivre une science-fiction rétro-nostagique, où l’imagination l’emportait sur les effets spéciaux, presque palpable, emporte vite l’adhésion.

    Reste que si Moon interpelle sans aucun doute visuellement, c’est philosophiquement qu’il oublie d’abattre toutes ses cartes. Négligeant quelque peu l’aspect véritablement scientifique, le film se resserre en effet autour de son personnage principal (Sam Rockwell, qui confirme après Frost/Nixon, son incroyable charisme) pour rejouer une sorte de version spatiale et dépressive du Truman Show. En soi, l’idée n’est pas bête : utiliser l’autarcie comme symbole d’un monde aseptisé dominé par les machines dans lequel solitude et progrès ne sont que les deux faces d’une même médaille, ce n’est peut-être pas très neuf, mais ça fonctionne. Du moins comme point de départ, là où, il faut être honnête, reste coincé Moon. Sans réellement faire avancer son récit, malgré une ou deux astuces narratives assez senties, le film semble rapidement  en apesanteur, coincé sur place par une force d’inertie étrange. Injectant également et assez malhabilement dans son récit une charge assez lourde contre le cynisme et la cupidité des multinationales, responsables de tous nos maux, Jones s’égare alors dans une sorte de trou noir méditatif non sans intérêt, mais sans réelle prise sur son univers. À un pas de la vraie révélation, donc. Une vraie Space Oddity en somme…

Helen Faradji

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